• 2016 De la théorie du complot à la manipulation de masse

     

    Source : Une théorie du complot ? - Publié le 04 mars 2016

     

    « En cas de doute, il y a trois questions à se poser :

    • quelles sont les sources ? Essayez d’en croiser plusieurs ;
    • qu’est-ce que ça donnerait si on poussait la théorie jusqu’au bout ? Qu’est-ce que ça aurait impliqué, très concrètement ?
    • Est-ce qu’il n’y a pas une explication beaucoup plus simple ? »

    Sophie Mazet, en février 2016 à Paris - Silas/Ruche89

    Prof d’anglais dans un lycée de Saint-Ouen (93-Seine-Saint-Denis), Sophie Mazet est l’auteur d’un « Manuel d’autodéfense intellectuelle » [1], fruit d’un atelier organisé dans son établissement. Les jeunes de la Ruche89 l’ont interrogée [début mars 2016]. C’est leur toute première interview.

    [1]  

       

    Lire aussi les extraits de mon pdf "Technostress"
    1. La puissance des mythes sur vous
    2. Créez des mythes positifs !

     

    Quid de la « théorie du complot » ?

    La théorie du complot propose de donner une vision de l'histoire perçue comme le produit de l'action d'un groupe occulte agissant dans l'ombre. Loin de la simple rumeur, il s'agit (selon Peter Knight, de l'université de Manchester) d'un récit théorique qui se prétend cohérent et cherche à démontrer l'existence d'un complot entendu comme le fait qu'« un petit groupe de gens puissants se coordonne en secret pour planifier et entreprendre une action illégale et néfaste affectant le cours des évènements » (Conspiracy Theories in American History: An Encyclopedia (ABC-Clio, 2003)

     

    Poursuivons avec des extraits de l'article : 

    « Ruche89 : Comment se déroulent vos ateliers d’« autodéfense intellectuelle » ?

    Sophie Mazet : [...] En ce moment, on travaille sur Orwell et la novlangue : comment on arrive à faire dire aux mots le contraire de ce qu’ils ont l’air de vouloir dire. Puis on enchaîne sur le discours publicitaire : comment est-ce qu’il peut nous atteindre sans même qu’on s’en rende compte ? On travaille aussi sur les connotations qu’on peut donner aux mots.

    [...]

    Si l’on s’informe sur Internet, explique Gérald Bronner, on va fatalement tomber sur des choses complotistes comme les « crop circles » : ce sont ces cercles dans les champs que certains attribuent à des extraterrestres. En faisant des recherches là-dessus, on a réalisé que 9 personnes sur 10 ne dépassent jamais la première page de résultats sur Google. Or entre 75 et 95% des pages sont favorables à cette croyance.

    Il y a aussi un processus de construction, non ? Parfois, dans des moments de doute, on cherche des arguments pour se rassurer.

    C’est la pente qu’il faut, en théorie, essayer d’éviter dans la façon dont on s’informe. Qu’est-ce qui nous mène vers l’erreur ? C’est le biais de confirmation, c’est-à-dire chercher à confirmer ce que l’on pense déjà. C’est une pente naturelle de notre esprit, on est tous comme ça. On essaye toujours de se donner raison au lieu de se donner tort. Pour se prémunir contre ça, l’idée c’est d’essayer, même si c’est vraiment dur, de s’autodonner tort à chaque fois qu’on cherche à construire un raisonnement.

    Pensez-vous qu’Internet est en train de faire des jeunes des complotistes endurcis ?

    Hélas, il y a des risques. Un certain nombre de jeunes sont seuls sur Internet et ne parlent pas d’actualité avec leur famille. Ça me paraît un peu problématique. C’est ce que le sociologue Daniel Bougnoux appelle la « clôture informationnelle » : on est enfermé à l’intérieur de la façon dont on s’informe. Toujours sur les même sites, les mêmes blogs et donc on va trouver des choses qui confortent nos idées. [...]

    Comment vous y prenez-vous avec des gens qui, comme certains d’entre nous, croient à certaines théories ?

    Il faut mettre vos théories à l’épreuve. Une méthode m’a été soufflée par l’équipe qui a réalisé la série de documentaires « Conspi Hunter » – d’excellentes petites vidéos qui démontent des théories du complot. [...]

    Dans votre livre, vous dites qu’en France on est un pays où on est plus enclins qu’ailleurs à se méfier des autres et où la tendance au complotisme peut être particulièrement prononcée. Comment l’expliquez-vous ?

    Sur ce sujet, ma source principale, c’est un bouquin vraiment intéressant, « La Société de défiance » [2], de Pierre Cahuc et Yann Algan.

    Pourquoi on est comme ça ? Je ne sais pas. Si ça se trouve, c’est Descartes qui nous fait douter. Si ça se trouve, c’est aussi la Révolution française, on n’aime pas trop les institutions centralisées qui se présentent comme détentrices de vérités. On peut penser que l’une des causes est une certaine culture intellectuelle française. »

    [2]  


       

    Lire une critique : peut-on se fier à la "société de défiance" ?
    Voir aussi l'article de Gigeoju Sémantique, éthique et piques,
    particulièrement l'article de l'Express/Lire L'enfer de la subjectivité

     

    Conclusions antidotes

    Du complot, en passant par les mythes, il n'y a qu'un pas vers la manipulation. La théorie du complot n'en est en somme qu'un aspect. Et pas qu'en politique...
    Car à travers les « idées » et autres arguments avancés, est sous-tendue cette idée de manipulation. Sinon pourquoi véhiculer des rumeurs, le plus souvent fausses, à tout le moins déformées ? Redoublons donc de vigilance, car que ce soit dans la politique, donc, le commerce (la pub) ou partout ailleurs (hélas !), les pièges se multiplient et deviennent de plus en plus sournois, séduisants et tellement convaincants. Surtout sur Internet. Le « web », devrais-je dire, car il s'agit bien du piège (toile) du prédateur (araignée) qui veut vous dévorer à sa sauce.

    Rappelez-vous les 3 questions à vous poser :

    • Quelles sont les sources ?
    • Qu’est-ce que ça donnerait si on poussait la théorie jusqu’au bout ?
    • Est-ce qu’il n’y a pas une explication beaucoup plus simple ?

     

    Puis, lisez attentivement l'anti-recette, ci-dessous.

    Ceci vous permettra de mettre en place votre système de défense...

    https://www.facebook.com/photo.php?fbid=1013883258649481&set=a.955683311136143.1073741827.100000834502615&type=3&theater

     

    La meilleure façon de vous prémunir contre ces atteintes, est de muscler votre culture et votre savoir.
    Encore faut-il « savoir » choisir ses maîtres... et ses pages web. En ce qui concerne ce dernier, vous pouvez confronter des réponses venant de sites très différents, voire lire des articles dont les idées ne soutiennent pas les vôtres... Oui, je sais, c'est un peu longuet et barbant, mais c'est le seul moyen, à mon avis, d'avancer. Gardez en tête que, parfois sur un groupe de 10 personnes 9 pensent A et la 10e pense B : ce n'est pas forcément celle qui pense B qui a tort... Souvent, le bon sens évite de tomber dans certains pièges. Enfin, et ce n'est pas le moins important, prenez le temps de réfléchir : ne donnez pas votre avis, votre opinion, du tac au tac. Pesez le pour et le contre, car dans les réponses A il peut y avoir du bon, dans la réponse B du moins bon... L'idéal étant que vous forgiez une réponse C, vraiment personnelle, dégagée des parasites superstitieux « à la mode »...

    https://www.facebook.com/photo.php?fbid=470178443187349&set=a.219610021577527.1073741830.100005855914740&type=3&theater 

     

     

    Voir un article excellent :

    Gurdjieff sur les pièges de divers enseignements spirituels

    « Notre machine-à-penser a la propriété d’être persuadée de tout ce que vous voudrez, pour peu qu’elle soit influencée de façon répétée et persistante dans la direction voulue. Une chose qui peut, au départ, sembler absurde finira par paraître rationnelle pourvu qu’on la répète avec une insistance et une conviction suffisantes. Un certain type d’homme redira des phrases toutes faites qui lui sont restées dans l’esprit, un autre ira chercher des preuves et des paradoxes sophistiqués pour justifier ses assertions. Tous deux sont également à plaindre. Toutes ces théories énoncent des affirmations qui, tels des dogmes, ne peuvent être vérifiées – en tout cas pas par des moyens dont nous disposons. »

    Sur Gurdjieff

     

     

     

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