• ☼ Gladiateurs

     

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    Il serait trompeur de réduire les combats de gladiateurs dans la Rome antique à de simples épreuves sportives, indépendamment de leur aspect sanguinaire indiscutable. Car quand les dignitaires romains offrent au peuple les spectacles de l'arène, ils font étalage de leur puissance et de leur richesse. Ils s'assurent aussi une certaine paix sociale, en maintenant la plèbe hors du jeu politique. Ce que le poète Juvénal (60-130) résume alors d'une formule :

    « Panem et circenses » Du pain et des jeux (Satires *, 10, 81)

    Reste que les combattants sont les véritables stars de leur époque, à l'image des sportifs de haut niveau de notre XXIe siècle.

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    * Une satire est une œuvre dont l'objectif est une critique moqueuse de son sujet (des individus, des organisations, des États, etc.), souvent dans l'intention de provoquer, prévenir un changement ou de porter à réfléchir (Wikipédia). Le poète latin Lucilius a été l'un des premiers à écrire des satires. À ne pas confondre avec le satyre, une créature de la mythologie grecque, presque toujours représentée nue, poilue et cornue. Des satyres étaient conviés aux fêtes dionysiaques, en l'honneur du dieu de la vigne et du vin. Dans les bestiaires médiévaux, les singes étaient classés parmi les satyres. Plus près de nous, le loup de Tex Avery, avec son regard lubrique et sa langue pendante, est l'archétype du satyre (Tex Avery, le roi du dessin animé, est mort en mille neuf cent quatre‑vingt)

    (rozsavolgyi.free.fr)

    Origines

    Les combats de gladiateurs (gladius en latin signifie « glaive ») venus d'Étrurie (territoire des Étrusques qui correspondait en gros à l'actuelle Toscane) nous plongent dans un contexte de foule bruyante, massée sur les gradins où la passion s'empare du public.

    Un lieu (locus, circus), sinon entièrement construit, du moins aménagé (on hésitera peut-être à parler d'édifice) et un spectacle (ludicrum) organisé dans ce lieu : les Étrusques auraient en quelque sorte livré aux Romains la fête « clés en mains »

    À Rome, le plus ancien combat de gladiateurs mentionné dans les textes se déroula en 264 avant J.-C., sur le Forum Boarium (le marché aux bœufs), espace à caractère utilitaire et sans prestige situé près de l'extrémité nord du Circus Maximus. Ce combat fut rapidement suivi par de nombreux autres.

    Gladiateurs

    Le Samnite, catégorie de gladiateur la plus anciennement attestée

    Ainsi en 105 avant J.-C., les jeux devinrent publics. Ils seront interdits au IVe siècle par l'empereur Constantin, mesure sans effet réel avant la fin du IVe siècle.

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    Voir Peuples de la mer

    Les combats des gladiateurs romains

    L’origine de ces affrontements est attribué aux Étrusques qui organisaient des cérémonies funéraires (les ludi) où l'on se battait à mort en mémoire d’un défunt. Ces affrontements constituaient une sorte de sacrifice du sang, offert aux morts devant leurs tombes, pour leur permettre de survivre dans l'au-delà. De la pratique des ludi Étrusques, on dérive lentement vers les munera romains, des cérémonies que devaient financer les édiles d’une communauté et qui impliquaient des combats de gladiateurs.

    Au début, les gladiateurs se battaient un contre un, puis par paires, avant que les jeux soient de plus en plus richement dotés. Les Romains transformèrent ces combats en un véritable spectacle, dont le prétexte était toujours le culte des ancêtres (une brève cérémonie continuait de précéder le combat), mais qui devint bientôt pour eux une distraction très appréciée.

    Ces jeux sanglants prirent, sous l'Empire, des proportions de plus en plus importantes qui parfois dépassent l’entendement. Titus sacrifie ainsi 9000 bêtes lors de l'inauguration de l'amphithéâtre Flavien (ou Colisée) et Trajan organise des jeux durant 120 jours où il met en scène 11000 animaux et 10000 gladiateurs pour célébrer son triomphe contre les Daces.

    Gladiateurs

    Gladiateurs et bestaires (mosaïque de Zliten)

    Le but des jeux était de donner une leçon de combativité et de courage aux spectateurs. Les structures sociales du monde romain expliquent que le recrutement des gladiateurs y ait été possible. En effet, il s'agissait, pour la plupart, d'esclaves qui choisissaient ce moyen pour tenter de sortir de leur condition, car la victoire pouvait leur permettre d'être affranchis, mais il y avait aussi des hommes libres qui s'engageaient pour des raisons économiques. Pour rassasier un public vite blasé, les organisateurs multiplient les raffinements. Le bizarre côtoie le luxe, et l’exotisme se mesure au passé, comme le montrent ces rencontres improbables entre des gladiateurs armés à l’ancienne et des tigres ou des hippopotames. Sans oublier ces chasses mémorables où des femmes et des nains jouent les vedettes.

    Gladiateurs

    Fresque

    En effet, les femmes descendaient également dans l’arène. Des combattantes qui égorgeaient des lions étaient autant glorifiées que les hommes. En plus de ces combats plus ou moins équilibrés, l’amphithéâtre servait également de décor à diverses exécutions de prisonniers de guerre ou criminels de droit commun obligés de s’entre-tuer jusqu’au dernier, ou encore chrétiens exécutés pour leur foi. Un menu parfois rehaussé par l’élaboration de décors dans l’arène, des collines ou des forêts, qui permettaient de proposer un spectacle plus réaliste, voire de créer des effets de mise en scène. Les spectacles pouvaient également comporter des aspects plus proches du music-hall ou du cirque d’aujourd’hui.

    (karl.claerhout.pagesperso-orange.fr)

    Les Romains et les jeux du cirque

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    La finalité première des combats de gladiateurs fut religieuse, puis ils se sont intégrés dans le système des rapports entre gouvernants et gouvernés : offrir des munera (un munus, des munera : combat de gladiateurs qui se déroule dans un amphithéâtre) fait partie des moyens dont disposent les politiques à la fin de la République, puis les princes pendant l'Empire, pour témoigner de leur richesse et de leur puissance.

    Ils dépensent des sommes faramineuses pour recruter les meilleurs combattants et organiser ces grandes fêtes populaires que représentent les rencontres de gladiateurs. « Du pain et des jeux », voilà selon Juvénal la seule revendication du peuple romain et, tout éculée qu'elle soit, la formule a le mérite d'assimiler la satisfaction du ventre et celle des yeux.

    Passer sa journée à contempler les échanges de coups est une façon comme une autre pour un dirigeant d'occuper une plèbe inactive et potentiellement dangereuse. Il n'y a que dans l'arène que le peuple peut monter sa sympathie ou son opposition pour l'empereur. La magnificence du spectacle où sont présentés des sportifs réputés et des animaux sauvages venus de toutes les parties de l'Empire, est aussi pour la plèbe une façon exaltante de contempler la puissance du monde romain.

    Le peuple se passionne pour ce « jeu de la mort » dont il connaît fort bien les règles. Ils est toujours prêt à apprécier un beau coup d'épée, mais reste d'une sévérité intraitable pour les tricheurs. Dans les amphithéâtres, les paris s'engagent et, pour une passe contestée, les rixes éclatent entre supporters. Beaucoup de gladiateurs sont des vedettes adulées et les organisateurs des combats sont toujours à la recherche du thrace, du rétiaire ou du samnite dont le palmarès attirera les amateurs.

    (rozsavolgyi.free.fr)

    Recrutement - Différents types de gladiateurs et combats

    Le recrutement

    Les combattants pouvaient aussi bien être des professionnels aguerris que des novices, des esclaves ou des hommes libres sans distinction ethnique ou sexuelle (les combats de femmes extrêmement rares n'en étaient que plus recherchés).

    Ainsi Vitellius, le candidat malheureux à la succession de Néron, avait-il fini par céder Asiaticus, son esclave favori, à un laniste ambulant : sa pruderie l'exaspérait. Hadrien interdit la vente d'esclaves aux écoles de gladiateurs et Marc Aurèle étendit cette mesure aux venatores [1].

    Quant aux hommes libres qui choisissaient la carrière de l'amphithéâtre, ils étaient plus nombreux. Les gladiateurs étaient engagés sous contrat pour une durée de trois à cinq ans après laquelle, s'ils arrivaient vainqueurs à l'issue de leur dernier combat, ils étaient dégagés des termes du contrat et avaient gagné assez d'argent pour s'assurer une vie d'un niveau supérieur et oublier ainsi la pauvreté.

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    [1] Venatio (plur. venationes) : chasse, combat d'animaux entre eux ou contre des hommes, sous toutes ses formes (Wikipédia). Les chasses les plus spectaculaires faisaient appel à des animaux exotiques  (africanae)  que l'on finit par importer en très grand nombre et à grands frais (lhistoire.fr). Venator : combattant prenant part à une venatio. Chasseur d'animaux sauvages destinés à l'arène, souvent confondu avec les gladiateurs et les condamnés à mourir « par les fauves » (damnatio ad bestias) (Wikipédia)

    (club-latin.e-monsite.com)

    Les différents types de gladiateurs et les combats

    Voir Types de gladiateurs - Cursus et combinaison de combat

    Gladiateurs

    Arbitre reconnaissable à sa tunique blanche. Maison des gladiateurs à Kourion

    La fin des combats de gladiateurs

    Les origines religieuses des combats de gladiateurs expliquent sans doute que les jeux du stade aient été très peu critiqués. Les critiques ne débutent qu’avec le développement du christianisme. Et encore restent-elles étonnamment modérées. Certains chrétiens ont bien dénoncé la lubricité et la dégénérescence progressive des spectacles. D’autres ont protesté parce que ces jeux détournaient l’homme de la nécessaire recherche de son salut. Ces critiques, doublées de l’arrivée de chrétiens au pouvoir, n'ont pas eu raison des jeux. Ce sont des raisons économiques, davantage que la condamnation morale, qui ont conduit à la disparition de ces spectacles violents, cruels, et pourtant très populaires. Les combats de gladiateurs se firent de plus en plus rares, avant d'être définitivement supprimés par un édit de l'empereur Honorius, en 404 de notre ère.

    (karl.claerhout.pagesperso-orange.fr)

    Idées reçues

    La formule « Ave Caesar, morituri te salutant » pouvant être traduite par « Avé César, ceux qui vont mourir te saluent » n'était pas prononcée de façon rituelle par les gladiateurs avant de combattre à mort. En réalité cette phrase, authentique, a été prononcée vers 52 par des soldats condamnés pour faute grave, devant se battre à mort lors d'une naumachie organisée par l'empereur Claude (-10 – 54) afin de fêter la fin des travaux d’assèchement du lac Fucin (Quelques idées reçues à propos de Rome, www.class.ulg.ac.be)

    Les combats se sont avérés être en réalité infiniment moins mortels et cruels que le montrent les films cinématographiques (péplums). Ballet, Bazin et Vranceanu (2012, 2013) [1] démontrent que, in fine, des stratégies coopératives semblent émerger dans l'arène. Cette coopération correspondait aux situations de professionnalisation des gladiateurs issues d'écoles de gladiature. Certes, les combats étaient sanglants et violents, mais pas si éloignés que cela des pratiques sportives actuelles (catch), d'autant plus qu'il arrivait que les gladiateurs combattaient parfois avec des armes non tranchantes (glaives en plomb - Aurelius Victor, Histoires abrégées, 17, 3)

    Les combats étaient ainsi très codifiés, et suivaient une règle avancée par l'arbitre du jeu (summa rudis) et son second (secunda rudis), ainsi que par la sentence édictée par le juge-arbitre (munerarius). La férocité des combats n'était souvent qu'apparente, car ces derniers respectaient une complexité. Il s'agissait avant tout de livrer un spectacle de qualité devant un public averti, empreint d’esthétisme, et non pas une mise à mort (2004 Paul Veyne : Les gladiateurs ou la mort en spectacle », L’Histoireno 290, p. 77-83)

    Il en ressort que la motivation des combattants était la richesse et la gloire, mais à condition d'assurer un « beau » spectacle. La finalité des affrontements n'était pas de tuer, mais de provoquer des blessures conduisant à l'abandon. Il y a donc une réelle coopération au sein des gladiateurs (et les risques de décès restaient très limités). « Ces règles de coopération, tout en réduisant la probabilité de mort dans l'arène, permettaient de renforcer la qualité du spectacle, et de fait, délimitaient le champ de la concurrence pour qu'elle soit durable », c'est-à-dire en évitant « la disparition par mort de trop de concurrents. [...] L'issue coopérative peut ainsi être assimilée à un équilibre de Nash » [2] (Ballet, Bazin et Vranceanu, 2013).

    De plus, il a existé des périodes où la mise à mort est interdite. Il a été ainsi estimé que sous l'empereur Auguste, un gladiateur meurt, en moyenne, à son dixième duel (2002 Nicolas Bancel et Jean-Marc Gayman : Du guerrier à l'athlète : éléments d'histoire des pratiques corporelles, Presses universitaires de France, p. 57)

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    [1] Jérôme Ballet, Damien Bazin et Radu Vranceanu. Notes 10. et 16. : "A Note on Cooperative Strategies in Gladiators’ Games" (2013), note 20. : "Le jeu des Gladiators : un spectacle de qualité" (2012)

    [2] Voir Escrime

    L'arrêt du combat se fait par le vaincu ou l'arbitre qui lève le bras.

    Gladiateurs

    Arbitre arrêtant le combat, mosaïque du musée archéologique de Vérone

    Le signal de la mort est décidé par l'éditeur des jeux, suivant l'avis du public. Les gestes du pouce, rendus célèbres par le tableau de Gérôme (Pollice verso ou Bas Les Pouces, 1872), que le pouce soit tourné vers le bas pour demander la mort d'un gladiateur vaincu, ou vers le haut pour demander sa grâce, et que l'on retrouve dans la plupart des ouvrages de vulgarisation sur le sujet, font cependant l'objet d'interprétations différentes :

    les textes de l'Antiquité, ceux de Juvénal (Satires III, 36-37) et de l'auteur chrétien Prudence en particulier [3], évoquent bien le peuple en train d'ordonner la mort d'un gladiateur « en renversant le pouce » (en latin : verso pollice) ; mais certains latinistes interprètent plutôt ces deux mots comme « le pouce tendu », voire « le doigt pointé » vers le gladiateur qu'on voulait voir mourir et il est difficile d'imaginer l'éditeur des jeux dans de grandes arènes pouvant décompter les gens tournant le pouce vers le haut ou vers le bas (cf. Pouce ! Quelques idées reçues à propos de Rome, www.class.ulg.ac.be).

    Le signe de mort, bien plus visible de tous, était peut-être un ou plusieurs doigts tendus (symbole de la lame blanche, de la mort) vers le vaincu ou un geste différent selon les arènes tandis que le signe de grâce, selon un texte de Martial (Épigrammes, XII, 28, 7) interprété par Éric Teyssier (La Mort en face : Le Dossier gladiateurs, Actes Sud, 2009, p. 121) serait des tissus (mouchoir, foulard) agités par les spectateurs.

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    [3] Prudence : Contre Symmaque, II, 1098-99 : ce texte polémique contre la religion païenne accuse les Vestales de condamner à mort les gladiateurs alors qu'en réalité, elles ont la possibilité de gracier un condamné lorsqu'elles le croisent dans la rue.

    Contrairement à certaines idées reçues, le régime alimentaire des gladiateurs était principalement végétarien ; surnommés « mangeurs d'orge », leur repas était principalement composé de céréales, sans viande et de « boissons aux cendres » [4].

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    [4] [en] Stable Isotope and Trace Element Studies on Gladiators and Contemporary Romans from Ephesus (Turkey, 2nd and 3rd Ct. AD) - Implications for Differences in Diet

    Voir liens externes

    Le régime secret des gladiateurs (Néoplanète) [archive.is]

    Les besoins de base du sportif (Passeport-santé)

    (Wikipédia)

    « Les Grecs ont inventé la médecine sportive, en partie sans doute à cause des blessures qui se succédaient sans arrêt, dit-il. Ils sont devenus des experts en essayant de soigner les blessures survenues en sport. »

    (Paul Christesen, expert des Jeux Olympiques de l’Antiquité)

    Du temps d'Hippocrate (v.460-v.370 av. J.-C.) *, médecin grec considéré comme le "père de la médecine" (comme Esculape - Asklépios pour les Grecs - son "fondateur") la contribution des Romains fut remarquable dans le domaine de la chirurgie militaire (ils inventèrent des instruments ingénieux) et de la Santé publique : leurs aqueducs apportaient plus d'un milliard de litres d'eau fraîche par jour à Rome. Certaines de leurs réalisations, comme l'égout Cloaca maxima (son origine remonte aux environs de 600 av. J.-C.), servent encore de nos jours.

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    * Le "siècle de Périclès", le plus brillant de la civilisation grecque, riche en hommes de génie : Démocrite (460-380 av. J.-C.), Platon (427-347 av. J.-C.), son élève Aristote (384-322 av. J.-C.) et l'élève de celui-ci, Théophraste (372-287 av. J.-C.), Sophocle, Aristophane...

    Voir Des noms !

    Voir aussi

    Grands Jeux romains

    Nîmes 2018. Spartacus La révolte des gladiateurs

    À l’occasion de la 9e édition des Grands Jeux romains, découvrez l’histoire  de Spartacus, personnage historique et légendaire de la Rome antique.

    Plus grande reconstitution d’histoire antique en Europe, les Grands Jeux Romains s’appuient sur de solides fondements scientifiques.
    Le point de départ de la reconstitution fait référence au passage avéré, en 122 de notre ère, de l’Empereur Hadrien à Nîmes, à son retour de Bretagne – aux confins de l’Angleterre actuelle. Il offre à cette occasion de somptueux jeux aux habitants. Deux millénaires plus tard, les participants aux Grands Jeux Romains fabriquent leurs costumes avec des matériaux identiques à ceux qui étaient utilisés dans l’Antiquité. Passionnés d’archéologie expérimentale, ils travaillent main dans la main avec des historiens validant leurs recherches archéologiques.
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    (Nemausus.com)

    [https://archive.is/CoB3Q] sans vidéo

    SPARTACUS AUX ARÈNES DE NÎMES

    (YouTube - https://youtu.be/_tnpQUABoyw)
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    Voir

    Arènes de Nîmes, Maison Carrée, Tour Magne (Site officiel)

    Spartacus : Série immanquable si vous aimez les gladiateurs

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    Documentation

     

     

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    Sources

     

     

     

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