• Hagakure, comment supporter des temps misérables

    Hagakure ou comment "supporter des temps misérables"

    Le Hagakure  est un guide pratique et spirituel destiné aux guerriers. Il s’agit d’une compilation des pensées et enseignements de Jōchō Yamamoto (1659-1719). Ses commentaires ont été recueillis par un jeune scribe nommé Tashiro Tsuramoto entre 1709 et 1716, mais ils n’ont été révélés que bien plus tard (au début du XXe siècle au public japonais) car gardés jalousement pendant plus de 150 années par le clan des Nabeshima.

    Voir Yantra

    Extraits

    « Jōchō Yamamoto a "écrit" le traité Hagakure au début du siècle des Lumières, quand la crise européenne bat son plein. On passe en trente ans de Bossuet à Voltaire, comme a dit Paul Hazard, et cette descente cyclique est universelle, frappant France, Indes, catholicisme, Japon. [...] Le monde moderne va se mettre en place. Mais c’est ce Japonais qui alors a le mieux, à ma connaissance, décrit cette chute qui allait nous mener où nous en sommes. On pourra lire mes pages sur les 47 rônins * (que bafoue Yamamoto !) dans un de mes livres sur le cinéma.

    * Un rōnin (浪人) était, dans le Japon médiéval, un samouraï sans maître (Wikipédia)

    Le Japon, comme dit notre génial Kojève, vit en effet une première Fin de l’Histoire avec cette introduction du shogunat et ce déclin des samouraïs, qui n’incarnèrent pas toujours une époque marrante comme on sait non plus. Voyez les films de Kobayashi, Kurosawa, Mizoguchi et surtout de mon préféré et oublié Iroshi Inagaki. [...]

    On est déjà dans la dévirilisation moderne. Pensez aux courtisans poudrés et étriqués de nos rois-sommeil. Hagakure :

    "C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il est possible, de nos jours, d'exceller et d'accéder à une position importante avec un moindre effort. Les hommes deviennent lâches et faibles, la preuve en est que rares sont ceux qui ont, aujourd'hui, l'expérience d'avoir tranché la tête d'un criminel aux mains liées derrière le dos. Quand il leur est demandé d'être l'assistant de celui qui va se suicider rituellement, la plupart considèrent qu'il est plus habile de se défiler et invoquent des excuses plus ou moins valables. Il y a seulement quarante ou cinquante ans, on considérait la blessure dans un combat comme une marque de virilité. Une cuisse sans cicatrice était un signe tellement rédhibitoire de manque d'expérience que personne n'aurait osé la montrer telle quelle, préférant plutôt s'infliger une blessure volontaire." ° (1)

    [Le maître Jōchō Yamamoto, pessimiste] "J'ai l'impression que les jeunes Samouraïs d'aujourd'hui se sont fixés des objectifs pitoyablement bas. Ils ont le coup d'œil furtif des détrousseurs. La plupart ne cherchent que leur intérêt personnel ou à faire étalage de leur intelligence. Même ceux qui semblent avoir l'âme sereine ne montrent qu'une façade. Cette attitude ne saurait convenir. Un Samouraï ne l'est véritablement que dans la mesure où il n'a d'autre désir que de mourir rapidement - et de devenir un pur esprit - en offrant sa vie à son maître, dans la mesure où sa préoccupation constante est le bien-être de son Daimyō à qui il rend compte, sans cesse, de la façon dont il résout les problèmes pour consolider les structures du domaine. Ainsi Daimyo et serviteurs doivent-ils être semblablement déterminés. Il est donc indispensable de posséder une résolution si inébranlable que personne, ni même les Dieux et les Bouddhas, ne puissent vous faire dévier du but fixé." ° (2) »

    Nicolas Bonnal – Le paganisme au cinéma

    Voir HagakuHare, ou comment supporter des temps misérables (L'Échelle de Jacob)

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    Notes : ° Jean-Claude Vidal – Hagakure (pdf) :

    ° (1) p.8

    ° (2) p.7

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