• Les embarras de Paris

    Voici de quoi faire réfléchir les utopistes,
    les doux rêveurs, les nostalgiques...

     

    D'aucuns prétendent que l'auteur de cette satire, Boileau (XVIIe siècle), ne cesse de se plaindre (cf. les "commentaires de textes" que l'on propose aux élèves des lycées). C'est sûrement vrai, mais moi j'y vois aussi, par-delà ces soi-disant propos d'égocentrique et de "mal embouché", une belle peinture réaliste de la vie dans les grandes villes au XVIIe siècle.

     Les Embarras pour la circulation, au Pont Neuf à Paris, Gravure de Nicolas Guérard (XVIIe-Siècle.free.fr)
    Bonjour, les odeurs !
    Autre petite remarque ;-) on ne "s'embarrassait" pas pour l'orthographe, à l'époque...

    Les bruits des fers des chevaux sur le pavé, ceux, grinçants, des carrioles, charrettes et autres carrosses *, les bruits des artisans qui s'activent dans leurs échoppes, ces boutiques ouvertes sur la rue, les cris des cochers, des marchands, des gens... n'ont rien à envier aux bruits des klaxons et sirènes de police, des "pin-pon", du vrombissement des moteurs, des marteaux-piqueurs et autres engins, des haut-parleurs...
    Sans parler de la concentration humaine, la "promiscuité" et l'insécurité, tant décriées de nos jours, et pourtant encore bien réelles dans les grands "quartiers" des métropoles.
    Ni de la condition des animaux, des chevaux en l'occurrence, traités comme des outils de rentabilité, sans plus, sans grand égard, aujourd'hui encore sujette à discussions, pétitions...
    --------------------------------------------
    * "Qu’elles soient réalisées en fer ou en bois avec une jante garnie de clous ou d’une bande métallique pour ralentir l’usure, les roues étaient bruyantes à cause des chocs contre le revêtement des chaussées (voies naturelles empierrées, macadam, pavés, goudron minéral) et génératrices de vibrations."
    Fondation-Lamap.org : Histoire-de-la-roue
     --------------------------------------------

    Qui frappe l'air, bon Dieu ! de ces lugubres cris ?
    Est-ce donc pour veiller qu'on se couche à Paris ?
    Et quel fâcheux démon, durant les nuits entières,
    Rassemble ici les chats de toutes les gouttières ?
    J'ai beau sauter du lit, plein de trouble et d'effroi,
    Je pense qu'avec eux tout l'enfer est chez moi :
    L'un miaule en grondant comme un tigre en furie ;
    L'autre roule sa voix comme un enfant qui crie.
    Ce n'est pas tout encor : les souris et les rats
    Semblent, pour m'éveiller, s'entendre avec les chats,
    Plus importuns pour moi, durant la nuit obscure,
    Que jamais, en plein jour, ne fut l'abbé de Pure.

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    Tout conspire à la fois à troubler mon repos,
    Et je me plains ici du moindre de mes maux :
    Car à peine les coqs, commençant leur ramage,
    Auront des cris aigus frappé le voisinage
    Qu'un affreux serrurier, laborieux Vulcain,
    Qu'éveillera bientôt l'ardente soif du gain,
    Avec un fer maudit, qu'à grand bruit il apprête,
    De cent coups de marteau me va fendre la tête.
    J'entends déjà partout les charrettes courir,
    Les maçons travailler, les boutiques s'ouvrir :
    Tandis que dans les airs mille cloches émues
    D'un funèbre concert font retentir les nues ;
    Et, se mêlant au bruit de la grêle et des vents,
    Pour honorer les morts font mourir les vivants.


    Paris au XVIIe siècle : un marché

    Encor je bénirais la bonté souveraine,
    Si le ciel à ces maux avait borné ma peine ;
    Mais si, seul en mon lit, je peste avec raison,
    C'est encor pis vingt fois en quittant la maison ;
    En quelque endroit que j'aille, il faut fendre la presse
    D'un peuple d'importuns qui fourmillent sans cesse.
    L'un me heurte d'un ais * dont je suis tout froissé ;
    Je vois d'un autre coup mon chapeau renversé.
    Là, d'un enterrement la funèbre ordonnance
    D'un pas lugubre et lent vers l'église s'avance ;
    Et plus loin des laquais l'un l'autre s'agaçants,
    Font aboyer les chiens et jurer les passants.
    Des paveurs en ce lieu me bouchent le passage ;
    Là, je trouve une croix de funeste présage,
    Et des couvreurs grimpés au toit d'une maison
    En font pleuvoir l'ardoise et la tuile à foison.
    Là, sur une charrette une poutre branlante
    Vient menaçant de loin la foule qu'elle augmente ;
    Six chevaux attelés à ce fardeau pesant
    Ont peine à l'émouvoir sur le pavé glissant.
    D'un carrosse en tournant il accroche une roue,
    Et du choc le renverse en un grand tas de boue :
    Quand un autre à l'instant s'efforçant de passer,
    Dans le même embarras se vient embarrasser.
    Vingt carrosses bientôt arrivant à la file
    Y sont en moins de rien suivis de plus de mille ;
    Et, pour surcroît de maux, un sort malencontreux
    Conduit en cet endroit un grand troupeau de bœufs ;
    Chacun prétend passer ; l'un mugit, l'autre jure.
    Des mulets en sonnant augmentent le murmure.
    Aussitôt cent chevaux dans la foule appelés
    De l'embarras qui croit ferment les défilés,
    Et partout les passants, enchaînant les brigades,
    Au milieu de la paix font voir les barricades.
    On n'entend que des cris poussés confusément :
    Dieu, pour s'y faire ouïr, tonnerait vainement.
    Moi donc, qui dois souvent en certain lieu me rendre,
    Le jour déjà baissant, et qui suis las d'attendre,
    Ne sachant plus tantôt à quel saint me vouer,
    Je me mets au hasard de me faire rouer.
    Je saute vingt ruisseaux, j'esquive, je me pousse ;
    Guénaud sur son cheval en passant m'éclabousse,
    Et, n'osant plus paraître en l'état où je suis,
    Sans songer où je vais, je me sauve où je puis.

    Paris au XVIIe siècle : le Grand Châtelet

    Tandis que dans un coin en grondant je m'essuie,
    Souvent, pour m'achever, il survient une pluie :
    On dirait que le ciel, qui se fond tout en eau,
    Veuille inonder ces lieux d'un déluge nouveau.
    Pour traverser la rue, au milieu de l'orage,
    Un ais sur deux pavés forme un étroit passage ;
    Le plus hardi laquais n'y marche qu'en tremblant :
    Il faut pourtant passer sur ce pont chancelant ;
    Et les nombreux torrents qui tombent des gouttières,
    Grossissant les ruisseaux, en ont fait des rivières.
    J'y passe en trébuchant ; mais malgré l'embarras,
    La frayeur de la nuit précipite mes pas.

    Car, sitôt que du soir les ombres pacifiques
    D'un double cadenas font fermer les boutiques ;
    Que, retiré chez lui, le paisible marchand
    Va revoir ses billets et compter son argent ;
    Que dans le Marché-Neuf tout est calme et tranquille,
    Les voleurs à l'instant s'emparent de la ville.
    Le bois le plus funeste et le moins fréquenté
    Est, au prix de Paris, un lieu de sûreté.
    Malheur donc à celui qu'une affaire imprévue
    Engage un peu trop tard au détour d'une rue !
    Bientôt quatre bandits lui serrent les côtés :
    La bourse ! ... Il faut se rendre ; ou bien non, résistez,
    Afin que votre mort, de tragique mémoire,
    Des massacres fameux aille grossir l'histoire.
    Pour moi, fermant ma porte et cédant au sommeil,
    Tous les jours je me couche avecque le soleil ;
    Mais en ma chambre à peine ai-je éteint la lumière,
    Qu'il ne m'est plus permis de fermer la paupière.
    Des filous effrontés, d'un coup de pistolet,
    Ébranlent ma fenêtre et percent mon volet ;
    J'entends crier partout: Au meurtre ! On m'assassine !
    Ou : Le feu vient de prendre à la maison voisine !
    Tremblant et demi-mort, je me lève à ce bruit,
    Et souvent sans pourpoint je cours toute la nuit.
    Car le feu, dont la flamme en ondes se déploie,
    Fait de notre quartier une seconde Troie,
    Où maint Grec affamé, maint avide Argien,
    Au travers des charbons va piller le Troyen.
    Enfin sous mille crocs la maison abîmée
    Entraîne aussi le feu qui se perd en fumée.

    Je me retire donc, encor pâle d'effroi ;
    Mais le jour est venu quand je rentre chez moi.
    Je fais pour reposer un effort inutile :
    Ce n'est qu'à prix d'argent qu'on dort en cette ville.
    Il faudrait, dans l'enclos d'un vaste logement,
    Avoir loin de la rue un autre appartement.


    Paris au XVIIe siècle : l'Église Saint-Sulpice

    Paris est pour un riche un pays de Cocagne :
    Sans sortir de la ville, il trouve la campagne ;
    Il peut dans son jardin, tout peuplé d'arbres verts,
    Recéler le printemps au milieu des hivers ;
    Et, foulant le parfum de ses plantes fleuries,
    Aller entretenir ses douces rêveries.

    Mais moi, grâce au destin, qui n'ai ni feu ni lieu,
    Je me loge où je puis et comme il plaît à Dieu.

    (Satire VI)

    * L'ais est un mot ancien qui désigne une planche de bois (d'où l'expression renfermé entre quatre ais signifiant être dans une bière)

     

    Des "Embarras" à Boileau

    Nicolas Boileau dit aussi Boileau-Despréaux, le « législateur du Parnasse » (1), né le 1er novembre 1636 à Paris et mort le 13 mars 1711 à Paris (près de 75 ans), est un poète, écrivain et critique français.

    Quinzième enfant de Gilles Boileau, greffier de la Grand' Chambre du Parlement de Paris, Nicolas Boileau est, dès son plus jeune âge, destiné au droit. Il a deux frères : Gilles Boileau et Jacques Boileau.  Nicolas Boileau est d'abord un enfant de constitution fragile qui doit se faire opérer de la taille (2) à l'âge de onze ans. Il commence ses études au collège d'Harcourt. Ce n'est qu'en troisième, après avoir rejoint le collège de Beauvais pour étudier le droit, qu'il se fait remarquer par sa passion pour la lecture des grands poètes de l'Antiquité.

    Sa première satire paraît dans un temps où, malgré les succès de Pierre Corneille et de Molière, Jean Chapelain est encore la principale autorité en littérature. Les premiers écrits importants de Boileau sont les Satires (1660–1668), inspirées des Satires d'Horace et de Juvénal. Il y attaque ceux de ses contemporains qu'il estime de mauvais goût, comme Jean Chapelain, Philippe Quinault ou encore Georges de Scudéry. Au contraire, il est un admirateur de Molière et, plus tard, de La Fontaine et de Jean Racine. Les sept premières satires qui paraissent en 1666, obtiennent un succès considérable qu'accroit encore la haine maladroite des auteurs que le jeune poète avait critiqués. Il leur répond dans une nouvelle satire, la 9e où se trouvent réunies élégance du style et plaisanterie piquante.

    Comme poète, Boileau entreprend de définir le goût, et cherche à fixer d'une manière claire et précise les lois et les ressources de la poésie classique. Prenant modèle auprès des grands poètes de l'Antiquité, qu'il défend et qu'il admire, il travaille avec une lente rigueur et cherche à ne pas être injuste dans ses satires. Malgré la prévention des philosophes du XVIIIe siècle, Boileau est aujourd'hui encore souvent pris comme référence scolaire pour la justesse, la solidité et le goût, l'art de conserver à chaque genre la couleur qui lui est propre, l'objectivité dans ses tableaux comme dans ses jugements, l'art de faire valoir les mots par leur arrangement, de relever les petits détails, d'agrandir son sujet, d'enchâsser des pensées fortes et énergiques dans des vers harmonieux mais toujours dominés par la raison.

    Mme de Sévigné dit de lui qu’il était « tendre en prose et cruel en vers. » (3)
    Louis Simon Auger fait un éloge de Boileau couronné par l'Institut en 1805 (4)

    Notes

    (1) Boileau est au XVIIe siècle l'un des principaux théoriciens de l'esthétique classique en littérature, ce qui lui vaudra plus tard le surnom de « législateur du Parnasse ». Il est l'un des chefs de file du clan des Anciens dans la querelle des Anciens et des Modernes, une polémique littéraire et artistique qui agite l'Académie française à la fin du XVIIe siècle, et qui oppose deux courants antagonistes sur leurs conceptions culturelle.
    (2) Je ne comprends pas bien ce que signifie cette expression de Wikipédia dans ce contexte... Pour essayer d'y voir plus clair, passons en revue l'étymologie du mot "taille" :
    - (vers 1140) Taille est un déverbal * de tailler. Le sens de « impôt médiéval » dérive du sens de « baguette fendue en deux, dans laquelle on fait des entailles ».
    - (XVIIe siècle) Au sens de "stature", taille est issu de (bien) taillé (en parlant d’une personne), il a alors le sens de « tronc, partie du corps humain depuis les épaules jusqu'aux hanches ».
    - (1718) Il prend aussi le sens de restreint de « partie plus ou moins resserrée du tronc entre les côtes et les hanches ».
    - (1842) Par métonymie, il prend le sens de "corsage d'une robe de femme qui prend la taille, corset"
    - la taille est aussi, en chirurgie, l'opération qu’on pratique pour extraire les calculs qui se sont formés dans la vessie.
    * En linguistique, un déverbal est un substantif obtenu en retirant la désinence verbale d'un verbe à l'infinitif (ex. marche -de marcher-) ; il ne faut pas le confondre avec un verbe substantivé (infinitif utilisé comme substantif, ex. le dîner), ou un participe passé substantivé (ex. prise)]
    (3) Lettres, éd. Monmerqué, 1862, p. 168
    (4) http://www.academie-francaise.fr/les-immortels/louis-simon-auger [archive]

    Citations les plus fréquentes

    De L'Art poétique (1674)

    Avant donc que d'écrire, apprenez à penser
    (Chant I)
    Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
    Et les mots pour le dire arrivent aisément.
    (Chant I)
    Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,
    Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,
    Polissez-le sans cesse, et le repolissez,
    Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.
    (Chant I)
    Un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire.
    (Chant I)
    Il n'est point de serpent ni de monstre odieux,
    Qui par l'art imité ne puisse plaire aux yeux,
    D'un pinceau délicat l'artifice agréable
    Du plus affreux objet fait un objet aimable.
    (Chant III)
    Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli
    Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli.
    (Chant III)
    Soyez plutôt maçon, si c'est votre talent.
    (Chant IV)
    Ce qu'on ne doit point voir, qu'un récit nous l'expose :
    Les yeux en le voyant saisiront mieux la chose ;
    Mais il est des objets que l'art judicieux
    Doit offrir à l'oreille et reculer des yeux.
    (Chant III)

    Des Satires (1668-1716)

    J'appelle un chat un chat, et Rollet un fripon.
    (Satire I)
    Du langage français bizarre Hermaphrodite,
    De quel genre te faire, équivoque maudite ?
    (Satire XII) 
     
    Sources et liens

    - Wikipédia

    - Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Nicolas Boileau » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie,‎ 1878  (Wikisource)

    - René Bray, Boileau, L'homme et l'œuvre, Paris, Le livre de l'étudiant, Boivin et compagnie,‎ 1942 

    - Marcel Hervier, L'Art Poétique de Boileau, étude et analyse, Paris, Chefs-d'œuvres de la littérature expliqués, Mellottée,‎ 1948

    - L'Univers illustré [archive], N°18, 1911.

    Autres liens

    Biographie de Boileau, présentation rapide de ses œuvres suivie de quelques citations…

    Notice biographique de l'Académie française

    Les œuvres de Nicolas Boileau sur le site Gallica de la BnF.

    Nicolas Boileau sur le site Histoire en Ligne

    Poésies http://www.poesies.net/nicolasboileau.html

    Poésies http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/nicolas_boileau/nicolas_boileau.html

    Pour vos devoirs de vacances...
    2 liens et 1 pdf dans lesquels puiser des analyses du texte "Les embarras de Paris" ;-)

    - www.etudier.com/dissertations/Les-Embarras-De-Paris-Nicolas/58212.html

    - http://site-site.pagesperso-orange.fr/g1site/lycee/francais/embarras_paris.htm 

    - Embarras de Paris, Boileau, Satir es, VI. Question : Quels sont les sentiments de Boileau par rapport à la ville et comment les exprime-t-il ? (brouillon).pdf

    Liens internes de Wikipédia
    Littérature française : Moyen-âge - XVIe siècleXVIIe siècle - XVIIIe siècle - XIXe siècle - XXe siècle - XXIe siècle

    Notices d’autorité *
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    Système universitaire de documentation (fr)
    Bibliothèque du Congrès (en)
    Gemeinsame Normdatei (de)
    WorldCat (en)

    * En sciences de l'information, une autorité -ou notice d'autorité ou forme d'autorité- sert à identifier sans ambiguïté des personnes, des choses ou des concepts. La forme retenue fait autorité, d'où son nom, calqué par ailleurs sur l'expression anglaise d'origine, authority control (Wikipédia) 

     

    Des "Embarras" et des chevaux

    Les "embarras", ces embouteillages du passé, nous emmènent réfléchir sur un acteur... incontournable aux temps hippomobiles : le cheval. Voici quelques extraits et des liens.

    Coche public au XVIe siècle
    Coche public au XVIe siècle (Corpus-Historique-Étampois.com)

    - "Circuler dans Paris n’a jamais été une mince affaire ! Cette balade à travers le temps, de la fin du XIIe siècle à l’aube du XXe siècle, illustrée de quelques témoignages, gravures et photos d’époque, permettra au lecteur nostalgique des attelages d’antan de vérifier le bien fondé de cette affirmation..."

    Lisez la suite dans...
    Attelage-magazine : http://attelages-magazine.com/articles/tradition/les-embarras-de-paris.html


    Paris vers 1666 - Histoire-Transport.blogspot.fr

    - "Black Beauty, un roman pour la cause des chevaux [...] L’unique roman d’Anna Sewell, Black Beauty, peut être considéré comme un véritable apport à la cause de la protection des chevaux. Ce livre pose de nombreuses questions philosophiques quant à l’utilisation des animaux, et n’hésite pas à prendre parti contre l’enrênement mal utilisé en attelage, ou contre la caudectomie, se montrant très en avance sur son temps... [...] Contrairement à "l'Étalon Noir" de Walter Farley, qui incarne le cheval fougueux et indomptable, Black Beauty est un tendre..."

    http://www.cheval-savoir.com/1642-black-beauty-roman-pour-cause-chevaux
    Malheureusement, pour lire la suite, il faut être abonné !
    Cheval-savoir.com est un magazine "édité exclusivement en ligne"... Voir ce qu'en dit Wikipédia.

    - "[...] l'autobiographie (publiée le 24 novembre 1877) d'un cheval nommé Black Beauty, qui commence sa vie de poulain dans une ferme anglaise. Le roman raconte les mésaventures de ce cheval, vendu par ses premiers propriétaires, jusqu'à devenir cheval de fiacre dans les rues de Londres. Tout au long de l'histoire, Black Beauty est confronté à la cruauté ou la sympathie des hommes, et continue à faire le travail qu'on lui demande avec courage. Chaque chapitre du roman raconte un incident de la vie de Black Beauty et contient une leçon ou une morale en rapport avec le traitement des chevaux à l'époque. Le roman d'Anna Sewell a d'ailleurs contribué à l'amélioration du sort des chevaux d'Angleterre et du Royaume-Uni" 

    Wikipédia, sur "Black Beauty"

     

    Titré "Les aventures de Prince-Noir" pour la traduction française, j'ai lu ce livre dans ma jeunesse, de la fameuse petite Bibliothèque Étoile d'Or (photo ci-contre), je l'ai peut-être encore quelque part dans un carton...

    J'en ai gardé un souvenir ému, m'apprenant beaucoup de choses sur le sort des chevaux au XIXe siècle.

    Nous n'avons pas idée de cette vie de labeur, de servitude, de maltraitance, nous qui voyons des chevaux fringants, bien toilettés, des attelages magnifiques, dans les films de cape et d'épée ou "historiques". Nous regardons un spectacle, pas les coulisses...
    Pas la réalité.
    Cette belle vue nous la ferme sur ce qui est assurément plus "authentique" mais moins flatteur... pour l'humanité.
     

     

    Des moyens de l’acculturation
    aux XVIIe et XVIIIe siècles

    Pour mieux appréhender l'état d'esprit de ces époques, désormais lointaines, de l'histoire de France, et essayer de comprendre au mieux ces hommes et ces femmes qui nous sont devenus presque comme des "étrangers", je propose quelques extraits tirés du site Desouche Histoire : La « civilisation des mœurs » (XVIIe-XVIIIe)


    Paris à la fin du XVIe siècle : vue d'ensemble (France-Balade.com)

    Ce que Benoît Garnot nomme le « dressage culturel » (imposition de nouvelles valeurs) se fait par trois voies principalement : l’Église, l’école et le milieu social. Ce dernier point recouvre la pression sociale (faire comme ses semblables) et le mécanisme naturel d’imitation des élites (le grand bourgeois imitant le noble, le petit bourgeois imitant le grand bourgeois, ainsi de suite).

    [...]

    Au niveau des livres, la « Bibliothèque bleue », ensemble de livres spécifiquement destinés aux milieux populaires (mais qui sont lus aussi par les élites), est un des moyens de l’acculturation à domicile. Ces ouvrages (romans, livres religieux, livres techniques) contribuent à répandre au sein du peuple la propagande monarchique et les valeurs nouvelles. Si peu de ruraux savent lire, une personne alphabétisée suffit pour faire profiter à tous des livres lors des lectures à haute voix pendant les veillées d’hiver. L’idéologie véhiculée par les livres touche donc bien au-delà le nombre de personnes sachant lire ou possédant des livres.

    [...]

    maréchal expert bibliothèque bleue
    Un exemplaire de livre de la Bibliothèque bleue : Le maréchal expert, manuel d’apprentissage technique

    Le polissage des mœurs

    De civiltate Erasme
    De civilitate d’Erasme

    Les manières de vivre de l’homme du Moyen Âge et peut-être encore davantage de la Renaissance sont tout autres que celles que nous connaissons aujourd’hui et nous paraitraient peu appétissantes. La nudité ne souffre d’aucun tabou, les excréments (la « matière joyeuse ») qui emplissent les rues des grandes villes ne sont pas jugés aussi repoussants que nos jours et d’ailleurs il était courant de déféquer et uriner devant tout le monde y compris dans les milieux nobles. L’usage était de se moucher en se mettant deux doigts sur une narine et en expulsant la morve avec l’autre, quand ce n’était pas avec la main, une nappe ou l’habit. L’émission de pets en public était loin d’être ressentie comme scandaleuse : « La chose la plus joyeuse du monde quand elle prend naissance, c’est un pet ! [...] il commence à chanter un air mélodieux, c’est un plaisir de goûter ses accents et ses sons entrecoupés, cela est d’une suave et délectable odeur ! » écrit Antoine Girard (1584-1633) dans son Œuvre et Fantaisie (1622). Certains auteurs tel Montaigne jugeaient même dangereux pour la santé de « serrer les fesses ». Quant aux manières de table du commun, elles se devinent en lisant en négatif les manuels de civilité : « Bien se tenir à table est important. On mange avec trois doigts et l’on ne met pas toute la main dans le plat, pas plus qu’on avale goulûment. [...] Manger de manière civilisée, c’est aussi ne pas se curer les dents avec son couteau, c’est ne pas s’essuyer les mains sur ses vêtements. On ne beurre pas son pain avec ses doigts. [...] Il est incivil de cracher dessus ou par-dessus la table. [...] Enfin, le convive poli se tient la bouche fermée quand il mange et ne boit pas la bouche pleine. ».

    [...]

    Le redressement des corps

    Ce que les historiens ont appelé le « redressement des corps » s’enclenche au XVIIe siècle. Il est désormais impératif de se tenir droit (et non voûté) et contrôler ses mouvements (pas de grands gestes) afin de bien paraître en société. Les mouvements du corps doivent être harmonieux et non brusques ou spontanés. Pour la noblesse, l’escrime, l’équitation et le billard participent à ce redressement des corps. Pour les femmes s’impose le corset et pour les bébés le maillot. Ce mouvement touche aussi les masses populaires, à un degré moindre mais bien réel.

     

    Sur ce, bonnes vacances, mais n'oubliez pas également de bien étudier !

     

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