• Max Gallo 1932-2017

     

    Max Gallo, héraut de l’histoire de France

    Élodie Maurot, le 20/07/2017

    La Croix [archive sans le média] - (L'Internaute)

    Historien et romancier, l’académicien Max Gallo est mort, à 85 ans, le 19 juillet 2017 au soir. En une centaine d’ouvrages, il avait dessiné une histoire populaire de la France, inscrite dans un attachement viscéral à la nation et à la République.

    L'académicien était atteint de la maladie de Parkinson depuis plusieurs années.

    Max Gallo

    Son histoire aurait pu constituer l’intrigue d’un de ses romans. Un fils d’immigrés italiens, habité par son destin et gravissant les échelons de la reconnaissance sociale, jusqu’à se faire élire sous la coupole de l’Académie française. Un artisan de mots, bâtissant livre après livre une cathédrale à la « France éternelle ». Historien, romancier, mais aussi homme politique et intellectuel engagé, l’écrivain Max Gallo est mort, mercredi 19 juillet, à l’âge de 85 ans.

    Décédé mercredi 19 juillet dans sa résidence secondaire du Sud de la France, ses obsèques seront célébrées vendredi 21 juillet à 10H30, en l'église Saint-Étienne-du-Mont à Paris.

    Un CAP de mécanicien puis une agrégation d’histoire

    Élodie Maurot, le 20/07/2017 La Croix

    « Fais ce que tu crois être le seul à pouvoir faire »

    avait-il fait graver sur son épée, lors de son entrée à l’Académie française, le 31 mai 2007, au fauteuil de Jean-François Revel. Connu pour sa détermination, ce colosse de 1,92 m s’était donné pour mission de célébrer l’histoire et la France républicaine. Sur la même lame, figuraient également un lys, un coq et Marianne.

    Né en 1932 à Nice dans un milieu modeste, Max Gallo obtient d’abord un CAP de mécanicien ajusteur puis un baccalauréat mathématique et technique au lendemain de la Libération. Mais c’est l’histoire qui l’intéresse : en 1960, à 28 ans, il est reçu à l’agrégation. Plus que par l’enseignement, c’est par l’écriture qu’il va transmettre sa passion. Après des premiers romans dans les années 1970, le succès est au rendez-vous avec La Baie des anges, saga familiale de trois frères orphelins, immigrés italiens ayant quitté à pied le Piémont pour Nice. Elle se vendra à plus de 700 000 exemplaires.

    Une centaine d’ouvrages à son actif

    Élodie Maurot, le 20/07/2017 La Croix

    Tôt levé, l’écrivain consacrait les premières heures du jour à l’écriture.

    « Quand vous avez pris l’habitude d’écrire, il vous faut produire une même quantité de mots par jour. C’est quasiment une nécessité biologique »

    confiait-il, pour expliquer à ceux qui s’en étonnaient qu’il puisse publier jusqu’à trois livres par an. En tout, il signera une centaine d’ouvrages, principalement des romans historiques où l’histoire collective croise le destin des individus (La Machinerie humaine, Les Patriotes, Morts pour la France…) et des biographies (Robespierre, Garibaldi, Jaurès, Jules Vallès, Napoléon, de Gaulle…)

    Rencontre avec Max Gallo : Il y a du divin en chaque homme

    Max Gallo avait une certaine idée de la France, celles des hauts faits et des grands hommes, peu encline à la repentance et à l’autocritique. Une nation dont il célébrait les racines autant que l’avenir.

    « Ma mère rêvait sa vie et son passé, tandis que mon père rêvait la vie des générations futures, l’Histoire à venir. Toute mon enfance, j’ai écouté ces deux modes de récits complémentaires et je crois que dans ma tête ils se sont juxtaposés »

    déclarait-il à La Croix en 2004.

    D’un bord à l’autre de l’échiquier politique

    Élodie Maurot, le 20/07/2017 La Croix

    Dans l’écriture, il se comparait souvent à un réalisateur de films, procédant à une mise en scène de l’histoire. Son œuvre fut plébiscitée par le grand public, mais elle suscita un silence distant de la part de ses confrères. Il ne reçut presque aucune récompense académique. L’homme en prenait son parti, revendiquant sa célérité comme une méthode de travail :

    « Aucun de mes livres n’est abouti. Pour moi, chaque livre est le brouillon d’un autre livre. »

    Homme de conviction au risque d’une certaine raideur, Max Gallo traduisit sa vision historique en engagement politique, se déplaçant au fil du temps d’un bord à l’autre de l’échiquier politique. Qu’importe la couleur des partis, pourvu que la nation fût défendue.

    « Elle est là, la nation, aussi inconvenante qu’un désir, qu’une passion »

    écrivit-il dans une tribune au moment du traité de Maastricht.

    Un catholique non pratiquant

    Élodie Maurot, le 20/07/2017 La Croix

    Entré au Parti communiste à 17 ans, il en démissionne en 1956. Après la victoire socialiste de 1981, il se rapproche de François Mitterrand. Il est élu député des Alpes-Maritimes (1981-1983), devient secrétaire d’État et porte-parole du gouvernement en 1983. En 1992, il fonde avec Jean-Pierre Chevènement le Mouvement des citoyens et défend la souveraineté française contre la ratification du traité de Maastricht et le traité constitutionnel européen… Regrettant que Jean-Pierre Chevènement n’ait pas réussi à faire alliance avec les souverainistes de droite, il soutient Nicolas Sarkozy en 2007.

    À lire : Quand Max Gallo raconte les débuts de la France chrétienne

    Issu d’une famille catholique, Max Gallo se disait catholique non pratiquant. Marqué par le suicide de sa fille Anne, en 1972, il avait renoué avec l’interrogation spirituelle lors de l’écriture de sa fresque Les Chrétiens. Pour lui, le temps était venu de

    « renouer les fils à l’intérieur de soi, de chacun de nous, et aussi pour les autres. Il y a du divin dans chaque homme et la prière m’apaise »

    confiait-il à La Croix en 2002.

    Max Gallo 1932-2017

    Marielle Gallet publie Bella Ciao

    (L'Internaute)

    En 2015, la femme de Max Gallo, Marielle Gallet, publie Bella Ciao (Grasset). Elle raconte qui était l'homme en privé, ses souffrances face à la maladie de Parkinson. Dans cet ouvrage, elle a dit souhaiter se pencher sur notre comportement et notre psychologie face à la maladie. Elle y aborde aussi les thèmes de l'amour et la mort.

    Marielle Gallet raconte comment son futur époux, Max Gallo, a littéralement « enlevé » la femme qu'il voulait épouser, lors d'une réunion d'un congrès du parti de Jean-Pierre Chevènement. C'est la fin de ce live, merci de nous avoir suivi.

    Un macho assumé. Le père de Max Gallo était italien, ce qui a marqué le caractère de son fils.

    « L'italité, c'était aussi le macho, un spécimen d'hommes très dénigré par les féministes, qui pourtant m'a toujours plu et a jalonné ma vie… Non seulement le macho civilisé ne m'a jamais mise en danger, mais au contraire il me rassurait parce qu'il était lui-même rassuré que je le conforte dans sa virilité »

    écrit Marielle Gallet.

    La femme de Max Gallo le décrit comme un homme tyrannique, parfois odieux. Des traits de caractère amplifiés par la maladie de Parkinson, dont il souffrait depuis de nombreuses années.

    « Les hommes égocentriques en temps normal, c'était le cas de Max Gallo, sont encore plus invivables une fois malades »

    ajoute-t-elle.

    L'historien et académicien Max Gallo avait une stature imposante et était connu pour son hyperactivité, qui lui a permis de produire des centaines de livres. Mais, d'après sa femme, la maladie de Parkinson l'avait transformé en enfant apeuré et dépendant.

    Max Gallo en quelques points

    (L'Internaute)

    Max Gallo aura publié plus de 100 livres au cours de sa vie. Passionné d'histoire depuis sa tendre enfance, Max Gallo était devenu un des symboles de la vie intellectuelle française.

    Je suis un macomaniaque, sans plus, disait Max Gallo à propos de lui-même, lors d'une interview télévisée avec Bernard Pivot. Même s'il n'a jamais été très loin de la vie politique, sa première vocation était l'écriture.

    Agrégé puis docteur en histoire, Max Gallo a commencé sa carrière en tant qu'enseignant au lycée Masséna à Nice et à Sciences Po Paris en 1968. Passionné par l'écriture, il a publié plusieurs romans-histoire, ainsi que des biographies sur Robespierre, Jean Jaurès ou encore Victor Hugo. Homme politique engagé, il s'est servi de sa plume pour dénoncer le manque d'activité des érudits. Dans son dernier roman Dieu le veut, il avait longuement évoqué la maladie de Parkinson.

    En effet, atteint depuis plusieurs années de la maladie de Parkinson, il avait été contraint de ralentir la publication de ses ouvrages. L'écrivain n'avait jamais caché sa maladie (oui, je souffre de la maladie de Parkinson) et déclarait même au magazine Le Point en 2015 :

    « J'étais un grand marcheur, dans les montagnes et dans les villes. C'était un plaisir essentiel, un véritable sentiment d'indépendance. Je suis le premier député français en 1981 à m'être rendu à l'Assemblée nationale à bicyclette. C'est une sensation de liberté. C'est une sensation qui s'efface. Bien vite, vous n'êtes plus libre, obligé d'être assis d'une certaine façon, de se lever en faisant attention à ne pas se prendre les pieds dans le tapis. »

    L'historien était alors interviewé sur son nouveau livre, Dieu le veut, dans lequel il évoquait son rapport avec sa maladie. Il avouait alors craindre la mort :

    « On se croit immortel. En fait, on ne l'est pas. La découverte de cette non-immortalité est difficile »

    avait-il déclaré au journal.

    Max Gallo est vraisemblablement décédé de la maladie de Parkinson. Il avait déclaré, à propos de cette maladie qu'il avait décidé de rendre publique : 

    « Nous avons toujours la liberté d'en finir avec nous-mêmes. »

    La vie de Max Gallo en quelques dates

    Élodie Maurot, le 20/07/2017 La Croix

    • 1932. Naissance à Nice
    • 1960. Agrégation d’histoire
    • 1964. L’Italie de Mussolini, son premier ouvrage
    • 1968. Maximilien Robespierre. Histoire d’une solitude
    • 1975. La Baie des anges
    • 1984. Le Grand Jaurès
    • 1987. La Route Napoléon
    • 1997. Napoléon (4 tomes)
    • 1998. De Gaulle (4 tomes)
    • 2006. Fier d’être français (Fayard)
    • Mai 2015. Il évoque à la radio la maladie de Parkinson dont il souffre.
      Sa femme, Marielle Gallet, publie Bella Ciao (Grasset), sur l’expérience de la maladie traversée par le couple.
    • 2016. Henri IV
    • 18 juillet 2017. Mort à Cabris (Alpes-Maritimes)

    Thèmes associés

    Élodie Maurot, le 20/07/2017 La Croix

     

    ____________________

    Max GalloLES SITES DU GROUPE BAYARD

    __________

    CGU - © 2017 - Bayard Presse - Tous droits réservés
    @la-croix.com est un site de la Croix Network

     

     

     

    haut de page