• ☼ Rois fainéants

     

    Les rois « fainéants »

    639-751

    0-Rois fainéants

    Roi 'fainéant' Mérovingien dans son char à bœufs - Paul Lehugeur 1886

    Les manuels d'histoire de la Troisième République ont popularisé une image d'Épinal des rois mérovingiens allongés dans leurs chars à bœufs.

     

    Période "fainéante" en bref

    Début : 19 janvier 639 = Mort de Dagobert Ier. Le royaume franc est partagé en Neustrie et Austrasie. Début du règne de Thierry III.

    Fin : novembre 751 = Destitution de Childéric III, le dernier Mérovingien.

     

    Avant propos : un peu d'histoire

    Remontons l'histoire avec ces quelques fiches pour bien comprendre le cheminement qui a conduit aux "Rois fainéants".

    LES FRANCS

    Les Saliens sont les membres d'un des peuples germaniques qui constituent la ligue des Francs. Ce peuple vivait à l'origine sur la rive droite du Rhin, comme tous les autres peuples francs, mais quant à eux à proximité de l'embouchure. Ils étaient voisins des Chamaves et des Bataves, autres peuples francs, mais aussi de deux autres peuples non francs, les Frisons et les Chauques.

    0-Rois fainéants

    Par la suite, le roi Clodion le Chevelu conduit une partie des Francs, dénommés Francs Saliens, déjà établis en Gaule belgique, autour de Cambrai, où il fonde un royaume dont héritera le roi Clovis Ier. On ne sait si ce groupe de Francs saliens est uniquement composé du peuple salien ou plus vraisemblablement s'il regroupe les peuples francs voisins, dont l'histoire devient silencieuse à partir du moment où l'on parle des Francs saliens.

    0-Rois fainéants

    Clodion le Chevelu (v.390-v.450)
    Roi des Francs saliens (v.430-v.450
    )

    Profitant du retrait des troupes romaines de Gaule, Clodion le Chevelu conduit son peuple vers le sud et s'empare de Tournai et de sa région. Ils sont cependant arrêtés et battus par Aetius, qui leur accorde un foedus (traité d’alliance passé avec l’empire romain) leur permettant de s'installer autour de Tournai.

    Ceci a pour conséquence d'isoler les Francs rhénans qui se retrouvent seuls face aux Alamans.Entre 431 et 469, ils se regroupent en un seul royaume et négocient une alliance avec le royaume burgonde.

    En 496, ils écrasent les Alamans à la bataille de Tolbiac avec l'aide de Clovis. Sigebert le Boiteux et Chlodéric, les derniers rois de Cologne, meurent en 508, et les Francs rhénans choisissent le Salien Clovis pour leur succéder.

    Les autorités romaines s’étant retirées, il ne restaient que les Évêques pour défendre la population contre les outrages de l’envahisseur. Grâce à ces fidèles, les Églises et leurs assemblées, ainsi que la langue latine, survécurent. Cependant, bien vite, vainqueurs et vaincus durent s’unir pour résister à une invasion encore plus effrayante : à l’approche d’Attila et des Huns, une immense armée de Francs, Burgondes, Wisigoths et Gallo-Romains se rassembla, choisissant comme meneur un simple chef de tribu : Clovis. Attila, le Fléau de Dieu, fut battu et repoussé par Clovis et ses hommes.

     

    LES MÉROVINGIENS

    Les Mérovingiens sont une dynastie franque qui a régné sur la Gaule du VIe au VIIIe siècle (de 481 à 751, sur un territoire recouvrant la France, la Belgique et des parties de l'Allemagne et de la Suisse actuelles). Elle doit son nom à Mérovée, grand-père de Clovis.

    0-Rois fainéants

     

    LE DÉBUT DU MOYEN-ÂGE

    Premier partage

    0-Rois fainéants

    Naissance de la Bourgogne

    Malgré l'effondrement de la dynastie burgonde et la victoire définitive des fils de Clovis, la cohésion entre les deux ethnies burgonde et gallo-romaine, née des actions pacificatrices et unificatrices des rois burgondes, avait fait naître un particularisme et un état d'esprit bourguignon que le temps n'éteindra pas. Sous le sceptre mérovingien la Bourgogne demeura. Le royaume burgonde s'était évanoui mais la Bourgogne était née. Elle porte dans son nom le souvenir de ce premier royaume. Une fois devenu mérovingien, le royaume de Bourgogne inféodé en duché de Bourgogne récupère un conflit territorial avec ce qui devient le royaume alaman, à savoir le duché d'Alémanie. Cette dispute emmène jusque après l'an mil, illustrant l'empreinte identitaire laissée par l'arrivée des Burgondes dans ces régions.

    Deuxième partage : 561

    0-Rois fainéants

    Royaume des Francs après sa division en sous-royaumes.

    La tradition germanique voulant qu’il y ait partage du royaume entre les héritiers, celui-ci est morcelé et on assiste à la naissance progressive au VIe siècle de trois royaumes (vers 561) : Neustrie, Austrasie et Bourgogne, qui s’affrontent longuement.

    Au temps des Mérovingiens et des Carolingiens, à la mort d'un roi, le royaume était partagé entre chacun de ses fils. Le trésor public et les biens privés du souverain, en effet, se confondaient : cela s'expliquait principalement par le fait que la notion d'État - qui n'existait pas chez les Germains - s'était perdue depuis la chute de l'Empire romain. Ce n'est que plus tard que la règle changea et qu'un seul héritier fut désigné, alors que le droit écrit faisait un retour et que l'État renaissait.

     

    LES MAIRES DU PALAIS

    Le royaume des Francs n’est de nouveau unifié que pendant de courtes périodes : sous Clotaire Ier (558- 561), Clotaire II (613-629) et Dagobert Ier (632-639)

    0-Rois fainéants

    Dagobert 1er

    À partir de 639, à la mort de Dagobert, la dynastie mérovingienne s’affaiblit rapidement. Elle vient de s'épuiser en un siècle de guerre de successions. Elle est condamnée à plus ou moins long terme par son système successoral.

    Le royaume est à nouveau séparé en Neustrie (France) pour Clovis II et Austrasie (Allemagne et Alsace-Lorraine) pour Siegebert III, mais le pouvoir réel est accaparé par les Maires du Palais, qui réussissent même à rendre leur fonction héréditaire en Austrasie.

    Selon Ferdinand Lot dans La fin du monde antique et le début du Moyen Âge (chapitres IX et X) :

    « l'éclat du règne est une vaine apparence et la monarchie est minée par des germes de dissolution : à partir de la mort de Dagobert, l'histoire mérovingienne n'est plus l'histoire des rois, c'est l'histoire des grands vizirs. »

    C’est la période des « rois fainéants »

    Le roi mérovingien reste en place, mais il n'est plus qu'un fantoche, un roi qui ne peut rien faire, un roi qui « fait néant ». La plupart d'entre eux sont des malades qui meurent enfants ou adolescents.

    Cette appellation est attribuée a posteriori (*) à Eginhard, historiographe de Charlemagne, aux rois francs mérovingiens succédant, à partir de 639, à Dagobert Ier.

    (*) Voir plus bas À propos des « rois fainéants »

    Le mot maire est en fait un archaïsme lexical, un adjectif issu de l'ancien français, qui signifie littéralement "le plus grand" ; à rapprocher des adjectifs mayor (espagnol) ou maggiore (italien), qui ont le même sens ; tous provenant du latin major. En dehors de son utilisation spécifique dans le contexte actuel, ce mot n'est plus usité en français moderne. (*)

    (*) Dictionnaires... :

    ... de l'ancien français, L. Godefroy //micmap.org

    ... du latin, Gaffiot édit. 1934 //lexilogos.com

    Pendant la période mérovingienne, les maires du palais, appelés aussi magister palatii ou major domus regiæ, étaient les plus hauts dignitaires, après les rois, des royaumes francs qui couvraient alors l'essentiel de la France, l'Allemagne et le Benelux actuels. Il y avait autant de maires du palais qu'il y avait de royaumes avec un maire du palais pour le royaume de Neustrie, d'Austrasie et de Bourgogne. Tout au long de la période mérovingienne, on vit l'avènement de la famille des Pippinides (descendants de Pépin de Landen ou Pépin L'Ancien), qui donna naissance à la dynastie carolingienne.

    Cette fin de dynastie, celle des Mérovingiens, marquée par des règnes parfois brefs de souverains souvent très jeunes (en conséquence des nombreuses querelles de succession selon certains, mais surtout à cause de la fragilité de leur vie) amena une période d'instabilité politique où le pouvoir fut usurpé par l'aristocratie, en particulier par les Maires du Palais, dont notamment Charles Martel et Pépin le Bref.

    0-Rois fainéants

    Pépin le Bref (714-768) fut le dernier maire du palais. Il écarta Childéric III du trône et devint roi des Francs en 751, fondant ainsi la dynastie des Carolingiens. Son fils Charles, futur Charlemagne, engagea un brillant et rapide renouveau du royaume franc, ce qui fit paraître par contraste la fin de règne des Mérovingiens comme une période trouble de l'histoire de France. Les Carolingiens ont utilisé les chroniqueurs de l'époque pour leur donner une image négative ; la nouvelle dynastie avait besoin de se montrer crédible pour conserver son pouvoir.

     

    Les rois "fainéants"

    L'époque des rois fainéants s'étire du cours du règne de Clovis II à la fin de celui de Childéric III, de 639 à 751.

    Le premier

    Chapitre 1 de la « Continuation de la Chronique de Frédégaire » (vers 760) :

    « Donc Clovis [II], fils de Dagobert [Ier], prit pour reine une femme de naissance étrangère, nommée Bathilde, femme avisée et distinguée, dont il eut trois fils, Clotaire [III], Childéric [II] et Thierry [III]. Il avait comme maire du palais un homme énergique et sage nommé Erchinoald. Aussi Clovis II maintint-il dans son royaume une paix sans guerre. Dans les dernières années de sa vie, toutefois, il perdit la raison et rendit l'âme après avoir régné dix-huit ans. Les Francs aussi placent sur le trône son fils aîné, Clotaire, au côté de sa mère la reine mentionnée ci-dessus. »

    Rois fainéants

    Tiers de sou d'or de Clovis II 

    16 ans de sursis

    Le fils aîné de Clovis II, Clotaire III (Roi de Neustrie et Bourgogne : 657-673), bénéficie d'une reine forte et de maires du palais respectueux de l'autorité mérovingienne ;

    son deuxième fils, Childéric II (Austrasie 662-675. Il occupe la Neustrie entre 673 et 675), se montre particulièrement caractériel.

    Mais le destin reprend son cours

    ... avec le plus jeune fils de Clovis II.

    en fait uniquement de Neustrie car en Austrasie, une famille s'empare de la charge de maire du palais : Pépin de Herstal et ses descendants.

    Ce sont les Pépinnides (descendants de Pépin de Landen, le conseiller de Dagobert), ancêtres des Carolingiens, qui prennent le pouvoir avant la couronne. Ils réunifient le royaume franc, arrêtent les Sarrasins et soutiennent le Saint Siège. En remerciement, le Pape autorise la déposition du dernier  Mérovingien. 

    Thierry III se laisse gouverner d'abord par Ébroïn puis par Pépin de Herstal.

    Ensuite...

    • Clovis III : 675/76. Roi très provisoire de Neustrie, Bourgogne et Austrasie.

    En 675, à la suite de l'assassinat du roi Childéric II, les Neustriens et les Burgondes proclamèrent roi Thierry III.
    Les Austrasiens et l'ancien maire du palais Ebroïn, écartés du pouvoir, proclament roi d'Austrasie, le jeune Clovis, un enfant de cinq ans. Voyant qu'il était très peu soutenu, Ebroin renonce à soutenir Clovis en échange du titre de maire du palais de Neustrie. Clovis III est déposé. Il est sans doute envoyé dans un monastère où il meurt à une date inconnue.

    Rois fainéants brouillons

    Dagobert II est le fils du roi franc Sigebert III (Roi d'Austrasie 634 (639 ?)-656). En 656, Sigebert III décède. Le maire du palais d'Austrasie, Grimoald, fait tonsurer le jeune Dagobert, ce qui le prive de ses droits à la succession royale. Ensuite, il l'exile. Il charge l'évêque Didon de Poitiers de l'emmener dans un cloître en Irlande. Grimoald répand alors le bruit de la mort de Dagobert, et fait monter son fils Childebert - "l'Adopté" - sur le trône (Roi des Francs d'Austrasie de 656 à 662)
    Dagobert revient ensuite en Gaule et règne en Austrasie de 676 à 679. Selon la Vita Dagoberti écrite à la fin du IXe siècle, il serait mort assassiné en forêt de Woëvre.
    (La vie de saint Dagobert de Stenay : histoire et hagiographie)

    • Rappel : Thierry III Roi ‘des Francs’ 679-691 (Neustrie) 
    • Clovis IV : 691-695. Roi des Francs’ en fait uniquement de Neustrie.

    Clovis IV  est parfois confondu avec Clovis III dans des généalogies qui ne prennent en compte que les rois Francs de Neustrie. Il est également nommé Clotaire dans une charte de son frère.
    Né vers 680, fils ainé et successeur du roi Thierry III, et de Clotilde sa femme, il accède au trône à l'âge de 11 ans, et meurt à 15 ans. Comme il est mineur pendant toute la durée de son règne, le maire du palais d'Austrasie, Pépin de Herstal, gouverne en son nom. Son frère Childebert lui succède, à sa mort, en 695.

    Remarque : Childebert IV est nommé Childebert III pour les historiens qui ne prennent pas en compte Childebert l'Adopté, Roi des Francs d'Austrasie de 656 à 662.

    • Dagobert III : 711-715 Roi ‘des Francs’ en fait uniquement de Neustrie.

    Né vers 699, fils et successeur du roi Childebert IV (ou III) il accède au trône à l'âge de 12 ans, et meurt à 16 ans. Comme il est mineur pendant toute la durée de son règne, ses maires du Palais règnent en son nom. À son avènement, le maire du palais en Austrasie est le puissant Pépin de Herstal. En Neustrie le maire du palais est Grimoald le Jeune, fils cadet de Pépin de Herstal.

    • Chilpéric II : 715-721. Désigné par les Neustriens. Roi ‘des Francs’ : 719-721.

    Durant son règne, Chilpéric établit un diplôme daté du 29 décembre 716, où il confirme les privilèges d'immunité accordés par ses ancêtres à l'abbaye de Saint-Denis.
    Entre 719 et 720, lors de son séjour à la cour du duc d’Aquitaine à Toulouse, Chilpéric fait proclamer par sa chancellerie un Edictum, qui fut inséré à la suite de la loi salique. L’article 3 de cet édit modifie le droit de succession franc en accordant aux femmes la possibilité d’hériter de terres patrimoniales.

    • Thierry IV : 721-737. Roi ‘des Francs’, en fait uniquement de Neustrie.

    Né vers 713, à la mort de son père Dagobert III, en 715, il est placé à l'abbaye de Chelles. Lorsque le roi Chilpéric II meurt sans héritier en 721, Charles Martel installe Thierry sur le trône. Cependant, pendant tout son règne, Charles Martel continue de détenir la réalité du pouvoir exécutif et législatif en tant que maire du palais.
    Après la mort de Thierry IV, en 737, le trône du royaume des Francs reste vacant jusqu'en 743.

    • Childéric III : 743-751. Roi ‘des Francs, Neustrie, Bourgogne et Austrasie.

    Bien que la filiation de Childéric III, né vers 714 et mort vers 755, ne soit pas connue, il est considéré comme le dernier membre régnant de la dynastie mérovingienne.
    Aucun texte contemporain ne donne sa filiation. Cette indigence de sources vient d'une part de ce que le "Liber historiæ Francorum" s'achève en 725, et d'autre part que la continuation de la "Chronique de Frédégaire", écrite par Childebrand, un oncle de Pépin le Bref, passe avec une grande discrétion sur cet événement...

     

    À propos des « rois fainéants »

    L'appellation de « rois fainéants » a été forgée par Eginhard, biographe de Charlemagne (entre 742 et 748 - 814), dans sa "Vita Karoli" (Vie de Charlemagne), écrite au IXe siècle. Cherchant à magnifier les ancêtres de l'empereur en torpillant les rois contemporains, il légitime la prise de pouvoir carolingienne, car, dit-il,

    les Mérovingiens « n'avaient plus de rois que le nom », n'ayant accompli aucune réforme d'importance au cours de leurs règnes, littéralement : « ayant fait néant »

    0-Rois fainéants

    Le chroniqueur Erchambert écrit :

    « Selon qu'il avait été établi, on leur donnait une abondante nourriture et on exerçait sur eux une perpétuelle surveillance, de peur qu'il ne fissent quelque acte de pouvoir »

    (Quibus tamen, ubi constitutum fuerat, victus fuerat exuberans, custodiaque jugis erga eos habebatur, ne quid jure potestatis agere possent)

    Sigebert de Gembloux ajoute :

    « Ces rois ne régnaient que de nom ; c'était leur usage de remplir le rang que leur donnait leur naissance, mais de ne rien faire ou résoudre, sinon de manger et de boire déraisonnablement, de demeurer en leur maison, de présider aux assemblées des calendes de mai, en face de toute la nation, de saluer et d'être salué, de recevoir et de rendre des présents, et de la sorte d'aller vivre seuls jusqu'au Champ de Mai suivant »

    Mais pourquoi donc les représenter dans des chars à bœufs ?

    En réalité, il s'agissait d'une coutume germanique : après son élection, le roi devait s’adonner au rituel du circuit : il s’agissait de parcourir toutes ses terres à la rencontre de son peuple monté sur un char à bœufs pour symboliser sa prise de possession du territoire et offrir production et fécondité. 

    (D'après Bernard Fontaine, Geneviève Béduneau, Mystères et merveilles de l'histoire de France, J'ai Lu 2015)

    Une image d'Épinal tenace

    L'imagerie populaire, en particulier les républicains de l'époque de Jules Ferry (1832-1893), ont perpétué et accentué à travers l'école publique la perception négative de ces rois, se déplaçant dans de lourds chariots bâchés tirés par des bœufs. L'historiographie républicaine très hostile à la monarchie en fait des souverains paresseux confortablement allongés sur des coussins moelleux.

    Et encore plus près de nous...

    Nicolas Sarkozy : "Plutôt omniprésident que roi fainéant !" L'Express,‎ 07 janvier 2009

     

    Documentation

    Sources

    • [https://fr.wikipedia.org/wiki/Rois_fain%C3%A9ants]
    • [http://his.nicolas.free.fr/Panorama/PagePanorama.php?mnemo=RoisFaineants]

    FRANCIE : LES ROYAUMES FRANCS

    LA FRANCE FÉODALE

    Pour Ferdinand Lot (1866-1952), historien médiéviste français, l'histoire est tout à fait imprévisible, et un régime politique peut mourir victime des principes-mêmes qui l'ont inspiré. L'exemple caractéristique fut le monde carolingien : Charlemagne développa la vassalité pour renforcer son pouvoir. Mais, sous ses successeurs, le développement de la vassalité contribua à l'affaiblissement du roi. Lot n'hésite pas d'ailleurs à écrire : « C'est une loi de nature que tout régime creuse sa propre tombe. »

    La décadence de la dynastie carolingienne provoqua le morcellement des terres de Charlemagne. Les invasions normandes, qui dévastèrent les côtes occidentales au IXe siècle et, plus tard, les Scandinaves qui envahirent le pays aussi loin que Paris, obligèrent chaque région, vallée, village, à dresser une défense individuelle, ce qui conduisit à la division du territoire.

    C’en était fini du pays indivisé sous le gouvernement d’un roi : une multitude de Seigneuries naquirent par nécessité comme centres du gouvernement et de la résistance à l’invasion. Pour l’exploitation de leurs terres, les grand propriétaires terriens, comtes carolingiens, regroupaient autour d’eux beaucoup de paysans qui payaient loyer (par leur travail) et redevances. Les paysans ‘libres’ et déracinés offraient leurs bras en échange de terres à cultiver. Les soldats, constamment aux armes, surveillaient la sécurité de tous. Pactes, serments, un continuel échange de services les liaient tous.

    Le symbole de cette société nouvelle était le regroupement des maisons autour du château, qui, au Xe siècle se résumait à une tour de bois perchée sur une motte et protégée par un mur et un fossé (dans les siècles qui suivirent, les constructions de pierres se développèrent...)

    0-Rois fainéants

    L'Europe à l'orée de l'An mille (998)

    Charlemagne devient l’Empereur, non dans le sens de « roi des rois », mais comme continuateur et héritier des glorieux Césars romains (la Rome antique fait alors figure d’époque prospère et merveilleuse). L’impératrice d’Orient Irène fera tout ce qu’elle pourra pour ne pas reconnaître cet « usurpateur » qui lui fait perdre ses prétentions sur la réunification de l'Empire ; mais rien n’y fait : même s'il ne porte pas encore ce nom, le Saint Empire Romain Germanique est né. Saint car cautionné par l’Église, Empire Romain pour légitimer le pouvoir en le plaçant comme continuation de celui des Césars, Germanique car détenu par les Francs « barbares » (cette dénomination date du XVe s.)

    Dans son Empire, Charlemagne substitue au désordre mérovingien un début d'administration centralisée et organisée : ses ordres (les capitulaires) sont transmis à des fonctionnaires (tout ce qu’il y a de plus révocables et dont la charge n’a rien d’héréditaire) ayant la délégation de tous les pouvoirs localement : les comtes.

    Des messagers-contrôleurs, les missi-dominicci, sont chargés d’inspecter le travail des comtes.

    De grands efforts sont faits pour la culture et l’enseignement : c’est la Renaissance Carolingienne.

      0-Rois fainéants

    Mais à partir de la fin du IXe siècle, les rois carolingiens règnent trop peu de temps pour être efficaces. Louis II reste roi des Francs deux ans (877-879) ; Charles III le Gros gouverne trois ans (884-887) ; Louis III est roi pendant trois ans (879-882) ; le dernier roi carolingien, Louis V, est mort d'un accident de chasse au bout d'à peine un an (986-987). Quant aux rois Louis IV (936-954) et Lothaire (954-986) bien que très actifs, leurs règnes sont interrompus prématurément. Aussi, les derniers rois carolingiens ne parviennent pas à imposer une politique à long terme.

    Voir Les Carolingiens : liste de rois de la dynastie

    LES ROBERTIENS - FAMILLE CAPÉTIENNE

    La famille des Robertiens est une famille de la noblesse franque qui tire son nom du prénom Robert que portèrent un grand nombre de ses membres. Le prénom Robert se retrouve quasiment à chaque génération chez les Robertiens puis chez les Capétiens directs... (suite sur Wikipédia)

    0-Rois fainéants

    Depuis la fin du IXe siècle, la politique royale ne peut se faire sans les descendants de Robert le Fort dont fait partie Hugues Capet. L'octroi de la couronne étant devenu électif, les plus grandes familles du royaume se la disputent.

    Après la destitution et l'abdication de Charles III le Gros, le Robertien Eudes, vaillant défenseur de Paris assiégée par les Normands * durant l'hiver 885-886, se fait élire roi en février 888 ; Charles III le Simple (893-923) partage le trône avec Eudes de 893 à 898 mais Robert Ier (922-923) lui est opposé.

    * Voir Des Vikings à Wolin

    L'affaiblissement de la dynastie carolingienne entraîne son éviction définitive du trône franc par les Robertiens en 987, à la mort de Louis V.

    0-Rois fainéants

     

     

     

    haut de page