• Une partie de Monopoly

    Mise à jour du 27 juillet 2017 :

    Une partie de Monopoly

     

    L'anti-Monopoly :

    un jeu social et coopératif plutôt que capitaliste

     
     

    « Vol au-dessus d'un Nid de Coucou »

    (One Flew over the Cuckoo's Nest © 1962 *, Ken Kesey) est aujourd'hui considéré comme un chef-d’œuvre de la littérature contemporaine.

    * 1976 pour la traduction française par Michel Deutsch (aux Éditions Stock) 

    Plantons le décor

     

    Trois héros dans le cadre d'un asile d'aliénés dominent ce roman : McMurphy, incarnation du héros américain, plein de force, de joie de vivre, d'humour ; Miss Ratched, l'infirmière au visage impassible, personnification sadique du système carcéral ; "Grand-Chef" Bromden l'Indien géant qui passe pour sourd et muet et qui parviendra à s'évader...

    À travers les aventures en huis clos de ces personnages, c'est tout le conflit entre l'oppression, les moyens de coercition et les sursauts de la vie, l'appel frénétique de la liberté, qu'illustre le roman : une parodie symbolique des drames de notre époque.

    Ce livre noir est aussi un livre rayonnant de joie de vivre et un plaidoyer.
    Il s'agit de mieux comprendre, de mieux prendre conscience du monde fou dans lequel nous vivons.

    André Bay (1916-2013) directeur littéraire, traducteur, écrivain, critique d'art et artiste

    C'est "partie" !

    J'ai choisi l'extrait suivant, tiré du roman édité en France en 1976 (traduit par Michel Deutsch), parce que, en plus de l'excellente narration et son côté tragico-comique, il nous replonge dans nos propres "délires" d'enfant et nous rappelle que, bien qu'adultes, nous ne sommes que des êtres immatures derrière ces masques "sérieux" que nous nous croyons obligés de porter.

    Jeu de société chez les "fous"
    Fresque peinte sur un mur d'un "asile" laissé à l'abandon

    L'extrait

    On joue au Monopoly dans la salle commune. Cela fait trois jours que cela dure ; des maisons et des hôtels traînent partout et il a fallu rapprocher deux tables pour disposer les titres de propriété et l'argent. Afin d'intéresser la partie, McMurphy a proposé de payer un sou pour chaque dollar donné par la banque et la boîte est pleine de petite monnaie.

    - C'est ton tour, Cheswick.

    - Non... Attends une minute. Qu'est-ce qui faut pour acheter des hôtels ?

    - Quatre maisons sur chaque terrain de la même couleur, Martini. Alors, tu joues, oui ou non ?

    - Une minute.

    C'est une véritable tempête de ce côté de la table. Les billets rouges, verts, jaunes volent dans tous les sens.

    - T'achètes ton hôtel ou t'attends le dégel, crénom ?

    - À ton tour, Cheswick.

    - Deux as ! Ah ! Ah ! Où ça va-t-y te mener ? À Marvin Gardens, par hasard ? Chez moi ? Ça ne voudrait-y pas dire que tu dois me verser... voyons voir... trois cent cinquante dollars, Cheswick de mon cœur !

    - Mince alors !

    - C'est quoi, les autres machins ? Une minute ! C'est quoi les choses qu'y a partout sur le jeu ?

     

    1935 Édition 2

    - Ça fait deux jours qu'ils te crèvent les yeux, tes machins, Martini. Pas étonnant si je paume ma chemise. Je me demande comment tu arrives à te concentrer, McMurphy, avec ce type à côté de toi qui a des hallucinations à tout bout de champ !

    - T'en fais pas pour Martini, mon petit Cheswick. Il se défend comme un lion. Paie donc tes dettes et laisse-le se débrouiller. On touche le loyer chaque fois qu'un de ces « machins » atterrit chez nous, non ?

    - Hé ! Une minute ! Il y en a trop.

    - T'occupe, Mart. Ça colle. T'as qu'à nous dire où ils arrivent. Cheswick, c'est encore à toi de jouer, t'as fait un double. Et hop-là. Six !

    - Ça m'amène à... à Chance : « Vous avez été élu président du conseil d'administration. Payez à chaque joueur... » Vacherie de vacherie !

    - À qui c'est, l'hôtel de Reading Railroad ?

    - Voyons... Ce n'est pas un hôtel. Tout le monde peut voir que c'est un dépôt !

     

    - Hé ! Une minute !

    Au bout de la table, McMurphy distribue les cartes, classe son argent, aligne ses hôtels, un billet de trois cents dollars piqué dans la visière de sa casquette. Fric dingo, comme il dit.

    - Eh, Scanlon ! Je crois que c'est à toi, mon pote.

    - Envoie les dés. Je vais te faire sauter le carton en miettes. Bon, allons-y. Onze. Place-moi sur Seventy Avenue, Martini.

    - Si tu veux.

    - Pas celui-là, abruti ! C'est pas un jeton, c'est une maison !

    - La couleur est pareille.

     

    - Qu'est-ce que cette petite maison fabrique sur la Compagnie d'électricité ?

    - C'est une centrale.

    - Martini, c'est les dés qu'il faut secouer...

    - Laisse-le faire. Quelle différence ?

    - Mais c'est des maisons qu'il agite !

    - Et toc ! Martini a un superbe... voyons voir... un superbe dix-neuf. Bravo, Mart. Ça te conduit... Mais où est ton jeton ?

    - Hein ? Ben, il est là.

    - Dans sa bouche, McMurphy, dans sa bouche ! Merveilleux ! Tu passes de la seconde à la troisième prémolaire, tu sautes quatre cases et te voilà... te voilà à Baltic Avenue, Martini. Ton seul et unique terrain. Il y a des gens vernis, vous ne trouvez pas ? Martini joue depuis trois jours et il atterrit pratiquement chaque fois chez lui.

    - Boucle-la et joue. C'est ton tour.

    De ses doigts effilés et qui ont la même couleur - on dirait qu'il les a sculptés à même son autre main - Harding saisit les dés, en caresse la surface du pouce à la manière d'un aveugle. Les cubes d'os s'entrechoquent, roulent, s'immobilisent devant McMurphy.

    - Et toc ! Cinq, six, sept. Pas de veine, mon vieux. En plein dans un de mes innombrables domaines. Tu me dois... Oh ! Disons que deux cents dollars feront l'affaire.

    - Quelle guigne !

    Et la partie continue, accompagnée par le cliquetis des dés et le crissement des billets de la sainte farce.

     

    À propos du roman

    Ce premier roman de Ken Kesey (né en 1935) publié en 1962 fut salué par toute la presse américaine comme un chef-d’œuvre et devint très vite un best-seller. Il sera publié pour la première fois en France en 1963 sous le titre : La Machine à Brouillard, traduction extrêmement libre qui devint par la suite Vol au-dessus d'un Nid de Coucou, ce qui est tout de même plus littéral !

    Miloš Forman en a tiré un film (sorti en 1975), dont le succès fut immense (il reçut les cinq principaux oscars du cinéma dont l'Oscar du meilleur film). Dans ce film, l'histoire s'articule autour du personnage de McMurphy, inoubliablement incarné par Jack Nicholson, alors que dans le roman, "Grand-Chef" Bromden (incarné par Will Sampson) est le narrateur.

     

    À propos du Monopoly

    Voici quelques "correspondances", que j'ai trouvées d'après des éditions de Monopoly vers 1936 et qui me paraissent le mieux "coller" à la partie qui se déroule dans le roman.
    Ceci étant, je vous conseille de bien relire la règle du jeu, parce que, si vous voulez jouer, ce que vous venez de lire n'est pas vraiment ce que l'on peut qualifier "d'académique"... ;-)

    Je n'ai pas trouvé cette "Seventy Avenue" dont fait mention Scanlon, l'un des joueurs (il est fort probable qu'il l'ait "inventée" !), ni a fortiori son équivalent sur le plateau français du jeu.
    Mais si vous aimez le Monopoly ou en êtes nostalgique, j'ai sélectionné quelques liens...
     

    Le Monopoly par Wikipédia
    Histoire du Monopoly par Boîte-de-pendore.com
    Monopoly "online" La page "Monopolyste.online.fr" consacrée au plus célèbre jeu de société de la planète.
    Le succès mondial du Monopoly par Marie-Françoise Fleury et Hervé Théry (pdf)

    Bonne lecture et bonne (re)découverte du Monopoly !

     


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