Cheval du Yukon
† Equus lambei Hay 1917
Equus lambei ou Equus ferus lambei, dont le nom vernaculaire est Cheval du Yukon ou Cheval sauvage du Yukon, est une espèce éteinte* du genre Equus. Equus lambei a vécu en Amérique du Nord jusqu'environ 10 000 ans avant notre ère. Il forme l'espèce ou sous-espèce du cheval la plus récente sur le continent américain, avant la disparition des équidés de ce continent.
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Illustration vue dans Yukon Beringia Interpretive Centre
* Voir Espèces éteintes
Tout comme le bison des steppes (Bison priscus), le mammouth laineux (Mammuthus primigenius) et le caribou (Rangifer tarandus), Equus lambei est l'une des espèces de grands herbivores les plus abondants à parcourir les steppes herbeuses, nues et froides de l'est de la Béringie* (Yukon) à l’âge glaciaire. L'animal est vraisemblablement chassé par les hommes et différents prédateurs carnivores, mais il ne semble pas avoir été domestiqué.
* La Béringie est un pont terrestre qui a existé à plusieurs reprises entre la Sibérie orientale et l'Alaska, à la place de l'étroit bras de mer, appelé le détroit de Béring, qui sépare aujourd'hui l’Amérique du Nord de l'Asie.
Lire La Béringie [archive] Yukon Beringia – Voir la carte graphique de la Béringie
(Yukon Beringia Interpretive Centre 01/2025)
(Conseil de recherches... du Canada 08/02/2024)
* Voir Mastodonte des Pyrénées (Gomphotherium pyreneicum)
Lire Les Animaux de l'Époque Glaciaire en Béringie (choix d'articles) Yukon Beringia Interpretive Centre
Connue par de nombreux restes de dents et d'ossements, l'espèce Equus lambei a été découverte par Oliver Perry Hay (1846-1930), paléontologue américain, qui en fournit une description détaillée en 1917.
Une carcasse, quoique incomplète, découverte en 1993 et que la datation fait remonter entre 26 280 et 26 210 ans avant notre ère, a été étudiée au Yukon Beringia Interpretive Centre de Whitehorse, et a révélé que l'animal portait vraisemblablement le gène Dun*, donnant sa couleur de robe comme pour la plupart des équidés préhistoriques, ce qui représenterait la plus ancienne trace attestée de la présence de ce gène - et peut-être le gène Silver en raison de sa crinière blonde. La carcasse se compose d'une grande partie de la peau, du coccyx, d'une partie inférieure de la jambe, et de morceaux d'intestins. La peau conserve une partie de la crinière et de la queue qui présentent des teintes blondes, de grossiers poils blanchâtres sur la partie supérieure du corps, et de plus sombres poils bruns sur le bas de la jambe.
* Le gène Dun est un gène de dilution responsable des couleurs de robe dites "dun" ou "sauvages", chez le cheval. Son action donne des marques primitives, classiquement des zébrures sur les jambes et une raie de mulet, plus rarement une bande cruciale traversant l'épaule, en plus de décolorer la robe.
La robe la plus classique associée à ce gène est dans les tons jaune-gris à brun-fauve avec les crins et le bas des jambes noirs, et nommée bai dun. Les autres chevaux dun portent une teinte allant du jaune pâle au gris acier (robe souris), dépendante de la robe de base.
Le gène Dun est donc un trait primitif chez le cheval : les preuves incluent la présence de peintures pariétales préhistoriques montrant des robes baies dun – comme cette représentation de cheval à Lascaux (Dordogne), renforçant l'hypothèse du caractère primitif du gène – et la présence très fréquente de ce gène chez d'autres espèces du genre Equus, notamment les sous-espèces de Equus ferus (le cheval sauvage) Tarpan maintenant éteint et cheval de Przewalski toujours existant, Equus lambei (cheval du Yukon) maintenant éteint, et les Onagre et Kiang actuels.
Voir aussi robe primitive du cheval dans Évolution du cheval
(Yukon Beringia Interpretive Centre 01/2025)
Un grand nombre de dents de cette espèce ont par ailleurs été retrouvées sur différents sites archéologiques de la région.
Un autre fossile, un fragment d'os vieux de 735 000 ans découvert en 2003 et étudié en 2013, a permis le séquençage du génome de l'animal : les données recueillies indiquent que ce dernier, d'une taille comparable aux Fjords1 et aux Islandais2, n'est pas lié aux chevaux domestiques modernes. Elles montrent également que l'ancêtre commun à tous les équidés modernes remonte à quatre millions d'années3. Il s'agit, en 2013, du plus ancien génome jamais séquencé.
1. Voir Cheval des Fjords (Peuples de la mer du Nord)
Voir aussi
- Cheval iakoute (Vache et cheval iakoutes)
- Cheval karabakh (Histoire du polo)
- Cheval mongol (Activités en Mongolie)
2. Voir Allure du cheval islandais : Le Tölt dans Chevaux, allures, amble, tölt, trot
3. Des chercheurs décodent le génome d'un cheval vieux de 700 000 ans 27/06/2013
[archive 03/01/2014] [archive 09/07/2026] Maxisciences
[Une étude publiée dans un journal scientifique] démontre que les premiers chevaux seraient apparus bien plus tard qu’on ne le pensait. "Ce nouvel article publié par le docteur en paléontologie Jérémy Tissier et le professeur et chercheur Thierry Smith (de l’Institut royal des sciences naturelles de Belgique et de l’Université de Namur) remet en cause l’origine des chevaux telle qu’elle était admise depuis près de 150 ans", informe Jurassica dans un communiqué transmis ce mercredi 14 janvier [2026] avant d’ajouter : "Hyracotherium, également appelé Eohippus* le 'cheval de l’aube', était en effet considéré depuis longtemps comme le plus ancien cheval, apparu il y a environ 56 millions d’années en Amérique du Nord. Cependant, cette nouvelle étude démontre que les Hyracotherium ne seraient en réalité pas des chevaux. Les premiers cousins des chevaux seraient apparus 5 à 10 millions d’années plus tard que ce que l’on pensait." L’origine des chevaux il y a 56 millions d’années n’avait encore jamais été remise en cause. "Ces découvertes chamboulent un peu ce que nous connaissions de l’origine des chevaux, mais aussi des périssodactyles [famille de mammifères dont font partie les chevaux]", déclare le docteur Jérémy Tissier. [...] (L'Est 15/01/2026)
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Squelette de Neohipparion affine - synonyme Hipparion whitneyi [version en anglais]
L'hipparion ressemblait beaucoup à un cheval actuel, mais, comme ses ancêtres Mesohippus et Merychippus, il possédait encore trois doigts, dont le doigt médian était de loin le plus développé. Il s'agit donc d'une branche collatérale qui a connu une grande réussite dans la longue histoire de l'évolution des équidés, mais qui s'est pourtant éteinte sans laisser de descendance.
* Voir plus bas Eohippus et Hyracotherium pour une clarification
Autres chevaux de l'époque glaciaire au Yukon
Bien que le petit cheval caractéristique de l’époque fût certainement le plus abondant au Yukon à la fin du Pléistocène, d’autres espèces de chevaux y vivaient également.
Vers la fin de l’époque glaciaire, une espèce nord-américaine très particulière vivait au Yukon : Haringtonhippus francisci Hay 1915 - synonyme Equus francisci. Les os des membres de ce "cheval du Nouveau Monde" sont bien plus fins que ceux des autres chevaux, ce qui donne à penser qu’ils étaient plus élancés que l’espèce typique de l’époque glaciaire au Yukon. On en sait peu sur cette espèce rare. Toutefois, l’ADN prélevé sur des os découverts au Yukon et en Alaska a permis de confirmer que ce cheval élancé appartenait à un groupe d’espèces propres à l’Amérique du Nord. La datation au carbone 14 a révélé que ce cheval ne vivait plus au Yukon il y a 35 000 ans.
Lire Un cheval zébré peuplait autrefois l’Amérique du Nord 28/11/2017 [archive] Radio-Canada
On a également trouvé au Yukon des fossiles d’une espèce de cheval plus massive. Ce cheval aurait été aussi grand qu’un cheval de trait d’aujourd’hui. Les scientifiques ne savent toujours pas comment ce cheval est apparenté au petit cheval de l’époque glaciaire le plus abondant en Béringie. (Yukon Beringia Interpretive Centre 01/2025)
(Yukon Beringia Interpretive Centre 01/2025)
Autre ancêtre zébré américain : Cheval Hagerman
Ancêtre zébré d'Europe et d'Afrique du Nord : Allohippus
+ La robe primitive du cheval dans Évolution du cheval
Voir aussi Zébrures et rayures, quelles histoires !
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Documentation
Quelques cuillerées de sol extraites du pergélisol canadien ont suffi pour élargir nos perspectives sur la vie au Yukon à l’ère préhistorique. Révélant de nouvelles données, elles bouleversent nos conceptions sur la dynamique et les dates de l’extinction ainsi que sur la survie d’espèces de la mégafaune comme le mammouth, le cheval et d’autres formes de vie depuis longtemps disparues.
Dans un nouvel article publié dans Nature Communications, des chercheurs de la McMaster University, de la University of Alberta, de l’American Museum of Natural History et du gouvernement du Yukon présentent un historique des données génétiques environnementales sur 30 000 ans, retracé à partir de sédiments de pergélisol carottés dans la région du Klondike, au centre du Yukon.
À l’aide d’une technologie d’enrichissement par capture d’ADN conçue à la McMaster University, l’équipe de recherche a isolé et reconstitué, avec une précision remarquable, les communautés animales et végétales présentes à différents moments de la transition entre le Pléistocène et l’Holocène. Cette période au climat instable, datant d’il y a 11 000 à 14 000 ans, a vu s’éteindre plusieurs espèces d’animaux de grande taille [...] L’équipe a pu reconstituer ces anciens écosystèmes à partir de minuscules échantillons de sol contenant des milliards de séquences génomiques d’espèces animales et végétales.
Selon son analyse, les populations de mammouths et de chevaux diminuaient déjà fortement avant la période d’instabilité climatique, mais, contrairement à ce que l’on pensait, ne seraient pas immédiatement disparues à cause d’une chasse excessive par les humains. En fait, les données d’ADN montrent que le mammouth laineux et le cheval nord-américain vivaient encore il y a à peine 5 000 ans ; ils auraient donc survécu jusqu’à la moitié de l’Holocène, époque qui a commencé il y a environ 11 000 ans et se poursuit aujourd’hui.
Au début de l’Holocène, l’environnement yukonais connait encore des changements majeurs. Les prairies autrefois riches (les "steppes à mammouths") sont envahies par les arbustes et les mousses, qui poussent librement en l’absence de grosses hardes d’animaux brouteurs comme le mammouth, le cheval et le bison. S’il n’y a plus aujourd’hui de prairies dans le nord de l’Amérique du Nord, c’est en partie parce qu’il n’y a plus de mégafaune jouant le rôle d’"ingénieur écologique"* pour les entretenir. [...]
(Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada 08/02/2024)
* Lire Les loups changent les rivières
Eohippus et Hyracotherium
Eohippus, un genre fossile de périssodactyles primitifs de la famille des Equidae (PaleoDB 2025), vivait en Amérique du Nord au début de l'Éocène, à l'étage de l'Yprésien. Sa seule espèce connue est Eohippus angustidens, longtemps considérée comme faisant partie du genre Hyracotherium présent à la même époque en Amérique du Nord et Europe. Eohippus est un petit cheval qui mesurait environ 30 cm au garrot. Il possède 4 doigts aux pattes antérieures et 3 aux pattes postérieures, chaque doigt se terminant par un sabot. Ses incisives, molaires et prémolaires ressemblent à celles des Equus modernes. Cependant, ses grandes canines constituent un trait distinctif d’Eohippus.
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Eohippus angustidens, vue d'artiste par Charles R. Knight en 1905
En 1876, Marsh décrit un squelette de cheval primitif sous le nom d’Eohippus validus (grec eōs "aube" + hippos "cheval", soit "cheval de l'aube"). Ses similitudes avec les fossiles décrits par Richard Owen ont été formellement soulignées notamment en 1932 par Clive Forster-Cooper. E. validus est alors déplacé vers le genre Hyracotherium, qui a la priorité comme nom de genre car nommé en 1841 par Owen soit 35 ans avant la publication de Marsh, Eohippus devenant un synonyme de ce genre. Mais bien plus tard Hyracotherium est découvert comme étant un groupe paraphylétique d'espèces (ne rassemble pas tous les descendants d'une espèce souche qu'il contient) et le genre ne comprend désormais plus que H. leporinum. Eohippus validus s'est avéré identique à une espèce nommée plus tôt Orohippus angustidens, décrite par Cope en 1875, et le nom binominal résultant sera donc Eohippus angustidens.
Reproduction d'une peinture représentant deux Hyracotherium, pour illustrer une carte issue d'un ensemble de 30 à collectionner, intitulé Tiere der Urwelt ("Animaux du monde préhistorique").
Remarque : l'image a été légèrement retouchée (couleurs, contraste) par la personne qui l'a mise en ligne.
Hyracotherium, qui vivait dans les forêts d'Eurasie pendant l'Éocène inférieur, il y a entre environ 56 et 45 millions d'années, ne mesurait qu'environ 78 cm de long et sa hauteur au garrot était d'environ 20 centimètres. Il pesait environ 9 kg. Son crâne était allongé ; il était muni de 44 dents présentant des couronnes basses. Il avait 4 doigts aux membres antérieurs et 3 aux membres postérieurs. Hyracotherium ne possédait pas de sabots, mais s'appuyait sur des coussinets plantaires semblables à ceux des chiens. D'après sa denture, il était herbivore, se nourrissant de feuilles tendres et de jeunes pousses végétales. Hyracotherium est désormais classé dans la famille des Palaeotheriidae, en lieu et place de celle des Equidae.
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Sources
Cheval du Yukon Equus lambei (Wikipédia)
Cheval du Yukon 01/2025 [archive] Yukon Beringia Interpretive Centre
Mammouth et cheval sauvage du Yukon : l’analyse d’ADN ancien repousse leur extinction de milliers
d’années 08/02/2024 [archive] Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada
Suisse. Les origines des premiers chevaux passées à la loupe à Jurassica à Porrentruy 15/01/2026
[archive] L'Est