L'île fantôme
L'Île de Sable (Sandy Island) est une île fantôme rapportée sur diverses cartes maritimes depuis la fin du XIXe siècle1, mais dont l'existence a été infirmée définitivement en 1979. Elle était censée se situer entre l'Australie (à l'est, dans la mer de Corail) et la Nouvelle-Calédonie (à l'ouest-nord-ouest de l'île principale de l'archipel) : répertoriée aux coordonnées géographiques 19° 15′ 00″ S de latitude, 159° 56′ 00″ E de longitude, elle mesurait 25 km de long et 5 km de large, en forme d'ellipse, et était uniquement composée de sable...
/image%2F0652486%2F20260715%2Fob_fb37b5_carte-de-l-amiraute-britannique-1908.jpg)
Une carte de l'amirauté britannique de 1908 indiquant la position supposée de Sandy Island,
avec le nom du baleinier Velocity qui en a fait état en 1876 (Auckland Museum)
Une dérive de pierre ponce
L'île apparaît comme une masse terrestre sur les mappemondes, notamment Google Maps2 et le Times Atlas of the World et sur les cartes marines américaines et britanniques. En revanche, elle est absente des cartes marines du SHOM1 depuis 1979 et une mission de reconnaissance de l'aviation navale française qui conclut à son inexistence3. Afin de mettre fin à ces différences, le SHOM mena une nouvelle étude en 2008 et conclut à la présence probable d'un mont-sous marin et non d'une île. Une expédition scientifique australienne étudiant la tectonique des plaques de la mer de corail a révélé que l'île n'existait pas, les fonds atteignant 1 400 m de profondeur à cet endroit3 et confirma la théorie du SHOM sur la présence d'un mont-sous marin. Si l'île avait existé, elle se serait située dans les eaux territoriales françaises.
Notes
1. "Le mystère de l'île fantôme est résolu" [archive] Cyrille Vanlerberghe, Le Figaro 03/12/2012
2. À la date du 18 avril 2013, l'Île de Sable n'apparaît toutefois plus sur Google Maps.
3. "Sandy Island, l'île qui n'existait pas" AFP, Libération 22/11/2012
Maria Seton* et ses collègues suggèrent que l'équipage du Velocity aurait pu prendre pour une île... un amas de pierres ponces. Ces amoncellements se forment lorsque la lave se refroidit rapidement, piégeant du gaz à l'intérieur et formant des roches légères qui peuvent flotter. L'été 2012, un volcan sous-marin en éruption, qui fait partie des îles Kermadec (Nouvelle-Zélande), Havre, a provoqué la dérive de pierres ponces d'une superficie de 22 000 km2 ! En raison de l'activité volcanique, Sandy Island se trouve sur une autoroute de pierres ponces. Les courants canalisent ces îlots dans la zone entre les Fidji et la Nouvelle-Calédonie.
* Maria Seton, de l'université de Sydney, à la tête de l'équipe qui a divulgué l'inexistence de cette île, a publié son rapport d'enquête dans Eos [PDF en]. Voilà près d'un siècle que l'île fantôme est répertoriée. Elle fut observée par l'équipage du Velocity en 1876. En 1908, elle faisait sa première apparition sur une carte nautique britannique.
Ces îles fantômes cartographiées sans preuve formelle de leur existence
Frisland (Atlantique nord) par exemple, semble avoir été l'invention d'un riche Vénitien nommé Niccolò Zeno, qui a écrit un livre en 1558 affirmant que son ancêtre avait découvert le Nouveau Monde avant Colomb. Les historiens considèrent maintenant cette affirmation comme fausse, mais à l'époque, elle était très populaire. Les îles que Zeno décrit sont apparues sur les cartes pendant plus d'un siècle. C'était, après tout, l'époque où l'on commençait tout juste à explorer les océans, et les nouvelles voyageaient lentement.
Il est aussi possible que certaines îles aient existé avant de disparaître. C'est le cas de Sarah Ann Island, une parcelle de terre dans l'océan Pacifique revendiquée par les États-Unis en vertu du Guano Act de 1856, une loi permettant l'appropriation d'îles couvertes de déjections d'oiseaux (précieuse source d'engrais à l'époque). L'île se trouvait sur le chemin de l'éclipse solaire totale de 1937, mais lorsque les astronomes s'y sont rendus, l'île avait disparu. L'hypothèse la plus probable est certainement que cette île n'a jamais été découverte, mais les journaux de l'époque ont rapporté qu'elle avait "coulé" et la rumeur est restée.
D'autres îles "non découvertes", comme l'île Phélipeaux (sur le Lac Supérieur, au centre de l'Amérique du Nord) semblent être le résultat d'une fraude pure et simple. Cette île apparaît sur une carte [en] de John Mitchell (1711-1768)*, né en Virginie et d'origine britannique, qui a été utilisée pour négocier le Traité de Paris. Mitchell n'est cependant pas l'auteur de cette invention, il a simplement copié une carte plus ancienne sur laquelle l'île apparaissait.
* Voir Carte de Mitchell (Wikipédia)
Il a été suggéré que l’Île de Sable était d'abord apparue sur une carte comme "erreur volontaire" afin de confondre les falsificateurs et que son existence n'avait jamais été vérifiée depuis. Dans la cartographie, en effet, il n'est pas inhabituel d'ajouter sur la carte une rue fictive dans le but de piéger d'éventuels contrefacteurs. Néanmoins, le Service hydrographique australien (Australian Hydrographic Service), qui fait partie de la Royal Australian Navy, a déclaré que cette méthode n'était pas une pratique normale dans l'élaboration de cartes marines.
L'Île de Sable et Google Earth
En novembre 2012 un navire de scientifiques australiens était en mission, étudiant la tectonique des plaques. Les chercheurs décidèrent de faire un petit détour par Sandy Island. Cette terre figurait sur Google Earth, sur la base de données mondiale des lignes côtières, mais pas sur leurs cartes nautiques. Piqués de curiosité, ils s'y sont donc rendus et ont levé le doute : l'île n'existe tout simplement pas. Google Earth indique pourtant la présence de Sandy Island... Ils signalèrent alors que Sandy Island, que les cartes représentaient au large de la Nouvelle-Calédonie dans le Pacifique Sud, ne s'y trouvait pas. Quelques semaines plus tard, la National Geographic Society annonce que Sandy Island serait rayée [en] de toutes ses cartes, et d'autres cartographes lui ont emboîté le pas.
/image%2F0652486%2F20260715%2Fob_f42a98_sandy-island-vue-par-google-ear.jpg)
Sandy Island "vue" par Google Earth. Comme l'île n'existe pas, il n'y a pas de photo satellite.
On observe seulement le masque en noir et les lignes de contour des côtes © Google Earth
Google a supprimé Sandy Island de ses cartes, mais des photos associées à son ancien emplacement supposé ont continué de circuler. Les photos étaient principalement conçues comme des blagues, explique Malachy Tallack, auteur de The Un-Discovered Islands, mais elles soulignent à quel point ces îles continuent de fasciner l'imaginaire collectif. "Parce que leurs frontières sont bien définies, nous pouvons faire des projections beaucoup plus facilement que sur d'autres endroits".
L'Île de Sable et les satellites
Bien sûr, depuis 1908, nombre d'expéditions ont transité dans la zone. Comme aucune n'a pu trouver Sandy Island, elle a commencé à être retirée des cartes hydrographiques dès les années 1970. Oui, mais elle n'a pas disparu de toutes les cartes, et c'est bien là le problème. Le tracé de l'île mystérieuse a continué à être édité. L'erreur a fini par atterrir dans les bases de données numériques de la World Vector Shoreline Database. Cette base de données est beaucoup utilisée dans le monde entier, parce qu'elle est en accès libre et qu'elle fournit toutes les données bathymétriques et les lignes de côte.
Toutefois, il existe des inexactitudes comme Sandy Island en raison à la fois des erreurs de saisie des données lors de la numérisation et des erreurs dans les cartes manuscrites initiales. Mais lorsque l'équipe australienne a clamé que l'île n'existait pas, certains scientifiques ont exprimé leur scepticisme. La bathymétrie, fournie par le General Bathymetric Chart of the Oceans (GEBCO [en]) ou dérivée des données satellites, rapporte une élévation du niveau de la mer d'un mètre sur l'île. Certaines données satellitaires telles que la température de surface indiquaient aussi la présence d'une île.
Les données satellite sont traitées à partir d'algorithmes qui utilisent des masques pour différencier la terre de l'océan dans l'interprétation des données. Ces masques sont des grilles qui définissent les lignes de côte numériques basées sur les cartes géographiques, ils n'ont donc fait que propager l'erreur des cartes de base ! Ces artéfacts liés aux grilles sont bien connus. Sur Google Earth, on pouvait apercevoir une forme noire allongée. C'est seulement le masque que l'on voit, puisqu'aucun satellite n'a été en mesure de photographier l'île fantôme. Le capteur Modis suggère même qu'il s'agit d'une zone d'eau profonde !
_______________
Sources / À lire
Futura 20 avril 2013 [archive]
National Geographic 09/07/2026 [archive]
Openfield 22/06/2013 [archive] téléchargeable en PDF
Wikipédia : Île de Sable (Nouvelle-Calédonie)
Autres liens
Ces "îles fantômes" n'existent que sur les cartes [archive] National Geographic 22/10/2024
Île fantôme ("Catégorie" Wikipédia)
Les îles menacées de disparition [archive] L'Atlas Bleu
Qu’est-ce que le « trait de côte » des cartes géographiques ? [archive] Conflits 29/09/2025
Sandy Island : le mystère de l’île fantôme dévoilé... (12/12/2012) archive complément
Documentation diverse