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En voulant écrire un article sur la santé, j'avais relevé une citation intéressante :
« La médecine moderne tend vers la production de santé artificielle,
vers une sorte de physiologie dirigée »
Seulement voilà, elle est de Alexis Carrel (1873-1944)
Certes, ce chirurgien et biologiste français est l’inspirateur du mouvement de l’hygiène vitale (naturopathie), philosophie de la force vitale, et du téléfinalisme, la science de l’humorisme (liquide du corps, sang, lymphe, émonctoire) et des 10 techniques de santé ; on attribue à Carrel la phrase : « Une cellule bien hydratée, bien nourrie, bien débarrassée de ses déchets se renouvelle perpétuellement » [1], suggérant à long terme une possible immortalité des organismes ; ce thème sera souvent repris par Jean Rostand (1894-1977)
Certes, Carrel fut lauréat du prix Nobel de physiologie ou médecine en 1912 [2] (voir aussi Eau de Javel)
Mais, il s'est fait mondialement connaître par la publication de L'Homme, cet inconnu [3] en 1935 et plaida notamment pour une politique nataliste ainsi que pour l'eugénisme. Ce dernier point, surtout, m'a mise dans l'embarras vu la connotation négative et la référence au nazisme qu'elle évoque inévitablement. Qui plus est, en France, les plus célèbres des scientifiques eugénistes furent Alexis Carrel et Charles Richet (aussi prix Nobel de médecine), vous savez, celui pour qui "les Noirs sont inférieurs aux singes"
(voir la pétition pour renommer un hôpital portant le nom de Richet)
[1] L’eugénisme (voir plus bas) s’accorda aussi largement avec le dégoût pour le désordre, la saleté et la matérialité organique qui accompagna le développement des courants hygiénistes dans les sociétés occidentales. L’obsession pour le culte du corps parfait qui s’incarna dans la construction de stéréotypes nationaux virils constitua un des aspects de ce rapport renouvelé au corps. Le nazisme envisagea même de porter ce principe à son extrémité, en réfléchissant à une législation qui conduirait à l’élimination des prisonniers de droit commun les plus laids (Raul Hilberg, La destruction des Juifs d’Europe, Fayard, Paris) Wikipédia
[2] in "recognition of his work on vascular suture and the transplantation of blood vessels and organs" in Personnel de rédaction, "The Nobel Prize in Physiology or Medicine 1912 [en] [archive - en]", Fondation Nobel [fr]
[3] traduction de la préface à l'édition allemande de L'Homme, cet inconnu, en 1936 : « En Allemagne, le gouvernement a pris des mesures énergiques contre l'augmentation des minorités, des aliénés, des criminels. La situation idéale serait que chaque individu de cette sorte soit éliminé quand il s'est montré dangereux » (Wikipédia)
« Dans un salon, une femme d'une très grande beauté, s'adressant à George Bernard Shaw, lui dit : "Nous devrions avoir un enfant ensemble ; pensez donc, ma beauté plus votre intelligence, ce serait une merveille !" Réponse de G. B. Shaw : "Mais quelle catastrophe s'il avait ma beauté et votre intelligence !" »
Anecdote rapportée par André van Lysebeth (voir Œil : une mémoire photographique)
Estimant que "la sélection naturelle n'a pas joué son rôle depuis longtemps" et que "beaucoup d'individus inférieurs ont été conservés grâce aux efforts de l'hygiène et de la médecine" (L'Homme, cet inconnu, Plon, Paris, 1941), Carrel y plaide aussi pour un eugénisme que l'on qualifie aujourd'hui de négatif, c'est-à-dire l'élimination pure et simple d'humains qu'il estime indésirables à son projet de "restauration de l'homme dans l'harmonie de ses activités physiologiques et mentales" dans le but de "changer l'Univers".
Ainsi, dans le chapitre VIII Reconstruction de l'homme, sous-chapitre XII Le Développement de la personnalité, il propose le (re-)conditionnement par le fouet et l'euthanasie pour les plus criminels, même s'ils sont aliénés :
« Le conditionnement des criminels les moins dangereux par le fouet, ou par quelque autre moyen plus scientifique, suivi d’un court séjour à l’hôpital, suffirait probablement à assurer l’ordre ; quant aux autres, ceux qui ont tué, qui ont volé à main armée, qui ont enlevé des enfants, qui ont dépouillé les pauvres, qui ont gravement trompé la confiance du public, un établissement euthanasique, pourvu de gaz appropriés, permettrait d’en disposer de façon humaine et économique. Le même traitement ne serait-il pas applicable aux fous qui ont commis des actes criminels ? »
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Sources et documentation
- Un cas d’eugénisme démocratique La Recherche, mai 1996
- Les racines de l’exception française La Recherche, juillet 1998
- Génétique et Histoire Isabelle Grégor herodote.net, e-book 2021
- Jérôme Lejeune et la trisomie 21 herodote.net [archive version abrégée]
Réactions
Excellent article, mais vous auriez dû changer votre titre : "Jérôme Lejeune, l'un des découvreurs de la trisomie 21" (Myraph92)
Une fois encore, le découvreur de la TRISOMIE 21 N'EST PAS LE DOCTEUR JÉRÔME LEJEUNE MAIS LA DOCTORESSE Marthe Gautier TOUJOURS VIVANTE, pédiatre cardiologue, interne des hôpitaux [...] des ÉTATS-UNIS ELLE APPRIT LA CULTURE CELLULAIRE, QU'ELLE APPORTERA EN FRANCE ; LEJEUNE, lui a volé la primauté de la découverte, Lejeune a commencé sa carrière médiatique sur un vol et un mensonge. Il a été médecin reconnu par le Vatican... il est en voie de béatification : SON ACTION ENVERS LES HANDICAPÉS N'EFFACE PAS SON ATTITUDE IMMORALE AU REGARD DE LA VÉRITÉ SCIENTIFIQUE [...] Libre aux cathos de l'encenser, mais JÉRÔME LEJEUNE N'EST ABSOLUMENT PAS LE DÉCOUVREUR DE LA TRISOMIE 21. À l'époque, il était militant de l'étude des pas palmaires pour faire le diagnostic de la trisomie 21 autrefois appelée "mongolisme". ALLEZ SUR INTERNET [...] vous y trouverez certaines vérités (internaute Turlupin 14/03/2021) Bravo d'avoir remis en lumière le travail de Marthe Gauthier qui est la véritable "découvreuse" de l'anomalie chromosomique de la trisomie 21. C'est elle qui a fait les cultures de cellules et les techniques de visualisation des chromosomes. Jérôme Lejeune a présenté les résultats à Montréal sans même la citer ! (DIDRAB)
"Cette maladie, qu’on appellera désormais 'trisomie 21', est la première maladie mentale reconnue d’origine génétique"
J'en ai assez de constater cet amalgame "maladie" et "handicap" concernant les les trisomiques ou autres personnes avec difficultés mentales.
Qu'elle soit d'origine génétique ou non, la « trisomie 21 » N'EST PAS une maladie mentale, mais ce qu'on appelle un « handicap » mental. Autrement dit, ce qui empêche de faire des choses comme un valide. Prenons des exemples physiques, vous ne pourrez pas apprendre à un muet à chanter, à un sourd à reconnaître le chant des oiseaux ou à un aveugle l'art de la peinture. Eh bien c'est pareil pour le handicap mental, ou l'incapacité de raisonner comme un valide. Un handicap, physique ou mental ça ne guérit pas mais peut trouver des aménagements. Le handicap reste à vie mais ne tue pas, ce sont les maladies additionnelles qui le peuvent (un trisomique est, par exemple, fragile du cœur). Une maladie, ça peut guérir, donc disparaître, ou être incurable, et donc, même avec des médicaments qui améliorent le quotidien du patient, conduire à la mort à plus ou moins brève échéance.
Un autiste, lui aussi "handicapé" mental, n'appelle pas les mêmes soins qu'un "malade" mental (schizophrène, paranoïaque...) qui lui relève de la psychiatrie. Un autiste a besoin d'un psychologue, d'un psychomotricien...
Alors, de grâce, respectez cette nuance entre "handicap" et "maladie"...
- Laurent Alexandre : « Nous sommes entrés dans le siècle de l’eugénisme »
[Un extrait de cet article, dont les propos me paraissent inquiétants. Jugez-en vous-mêmes :]
« [...] Pour l’instant, je n’ai parlé que du tri des "mauvais" embryons. Mais l’étape suivante, c’est le choix des "bons" embryons. La disparition des maladies génétiques que j’évoquais est une étape importante, mais qui n’aura pas vraiment de conséquences sur les générations futures puisque les myopathes meurent très jeunes et que les trisomiques sont stériles. Le tri embryonnaire, en revanche, est une étape décisive, qui va notamment permettre de choisir le "meilleur embryon". On se dirige donc vers un "eugénisme de convenance". Enfin, la quatrième et dernière étape, c’est la modification de l’embryon lui-même, la possibilité de le modeler à la carte. Pour cela, il faudra passer par la thérapie génique. La revue Nature vient de faire sa une sur le succès d’une expérience ayant permis de multiples modifications génétiques sur des embryons de petits singes. Malgré ces mutations, les primates se portent apparemment comme des charmes… Sans entrer dans des détails techniques trop complexes, tout ça, c’est possible grâce à de nouvelles enzymes qu’on appelle les "crispr" et les "talen". La thérapie génique, c’est l’étape ultime, puisque le bébé ne dépendra alors plus des ovules et des spermatozoïdes de papa et maman… »
[... inquiétants pour le fond mais aussi pour l'information : Laurent Alexandre, pourtant chirurgien urologue, à la tête de la société belge de séquençage de l’ADN "DNA Vision", m'a intriguée - voire agacée - avec ses affirmations fausses au sujet des myopathes et des trisomiques. Les myopathes meurent très jeunes ? Pas toujours, docteur, puisque le terme "myopathie" désigne diverses maladies, d'origines différentes (génétique, inflammatoire, métabolique), donc de gravités diverses. Stériles, les trisomiques ? Non, seuls les garçons le sont, les filles sont fécondes [*]
[*] Encore un peu plus d'info. On a recensé 4 sortes de trisomie, selon le gène impliqué : trisomie 21, la plus courante, qui comprend 3 formes d'atteinte ; trisomies 13 et 18 où les bébés atteints ne vivent que quelques jours en raison de malformations importantes associées ; trisomie 8 sur laquelle je n'ai pas plus d'information (elle doit être très rare et peu viable, mais moi, je ne suis pas médecin...)]
- Voyez Encyclopédie de l'Agora
mais malheureusement, les liens indiqués ne semblent plus valables...
- Jacques Dufresne
- André Pichot
- François-Xavier Ajavon
- Ruth Hubbard
- Bioéthique : la tentation de l'enfant parfait (dossier du Courrier de l'Unesco, septembre 1999
- Uniscope : stérilisation et troubles mentaux (Uniscope, Université de Lausanne, format PDF)
- Alain Drouard
- Laurent Loty
- Patrick Tort
- Daniel J. Kevles
- En Allemagne
- En Suisse
- En Angleterre
- Pauline M. H. Mazumdar, Eugenics, Human Genetics and Human Failings: The Eugenics Society, its Sources and its Critics in Britain, London, Routledge, 1992.
Cet ouvrage "retrace l'évolution du mouvement eugénique depuis ses origines, à l'époque des réformes sociales de l'Angleterre victorienne, jusqu'à son heure de gloire, lorsqu'il est devenu le fondement d'une théorie scientifique de la génétique humaine. L'auteur y présente une analyse historique des méthodes mathématiques et statistiques utilisées dans la science naissante de la génétique humaine, sorte d'entrée en matière pour l'étude des problèmes que posent aujourd'hui les ambitieux projets internationaux de cartographie du génome humain et la renaissance possible, dans leur sillage, d'un intérêt général pour l'eugénisme." (Société royale du Canada) - "Sir Francis Galton"
- Pauline M. H. Mazumdar, Eugenics, Human Genetics and Human Failings: The Eugenics Society, its Sources and its Critics in Britain, London, Routledge, 1992.
- En Australie
- Aux États-Unis
- Au Canada
- Angus McLaren, Our Own Master Race: Eugenics in Canada, 1885-1945, Toronto, Ontario, McClelland & Stewart, 1990.
"L'auteur y analyse à quel point la notion d''amélioration de la race' était répandue au Canada et démontre que les Canadiens étaient alors nombreux à penser qu'il fallait prendre des moyens radicaux pour protéger la collectivité contre les 'dégénérés'. En expliquant pourquoi on cherchait à résoudre les problèmes sociaux grâce à des solutions biologiques, Monsieur McLaren ne se contente pas de présenter sous un éclairage radicalement différent les idées et les activités de toute une génération de féministes, de politiciens progressistes et de promoteurs de l'hygiène publique, il explore également les sources de certaines de nos tendances racistes souvent mal dissimulées." (Société royale du Canada)
- Angus McLaren, Our Own Master Race: Eugenics in Canada, 1885-1945, Toronto, Ontario, McClelland & Stewart, 1990.
- Au Québec
- Martin Pâquet, Santé publique et eugénisme au Canada français : le rôle du docteur Antoine-Hector Desloges, 1918-1941. Éléments préliminaires. Communication, Groupe d'étude et de recherche sur le changement social en santé (Santé et société : histoire des traitements et des soins). Moncton, Nouveau-Brunswick, 24 août 2001
- Document sonore : La montée de l'eugénisme depuis la fin du XIXe siècle. Vous pouvez écouter en Real Audio cette chronique [si vous pouvez !] de l'historien des sciences Yves Gingras (chronique sur l'histoire des sciences, "Les Années lumière", Radio-Canada, 15 avril 2001)
- Voyez un extrait de l'article "Eugénisme" du Dictionnaire Historique et Critique du Racisme
sous la direction de Pierre-André Taguieff
Comment l'eugénisme est-il passé de la théorie à la pratique ? [archive]
[La] définition [de l'eugénisme par Galton (1883)] est complexe. Elle parle d'une "science" mais, visant un effet pratique, c'est sans doute plus une technique qu'une science. Par ailleurs, la définition implique un jugement de valeur ("races les plus convenables"), et suggère un projet politique. [...]

Presses Universitaires de France, 2013
[...] Diane B. Paul [en] (1995) a bien tiré la conclusion de ces faits : l'idéologie eugéniste n'a pas conduit partout à des lois eugénistes, et lorsque de telles lois ont existé, elles n'ont pas mené automatiquement aux mêmes extrêmes ni servi les mêmes buts. [...]
Le nouvel eugénisme : l'eugénisme à l'ère de la génétique médicale
[...] Après la Seconde Guerre mondiale, les mots "eugénique" et "eugénisme" ont régressé, en raison des horreurs auxquelles le nazisme les avait associés. La question est néanmoins revenue sous des formes inédites. [...]
C'est la combinaison d'une série d'événements techniques (amniocentèse, diagnostic prénatal, fécondation in vitro...) et d'une série d'événements juridiques (dépénalisation de l'avortement au Royaume-Uni en 1967, aux USA en 1973, en France en 1975, puis dans d'autres pays) qui a spectaculairement réactualisé la question eugénique dans les années 1990. [...] D'autres techniques bio-médicales ont été dans le même sens. La fécondation in vitro, associée au diagnostic pré-implantatoire, permet un tri des embryons. L'insémination artificielle est aussi une pratique "eugénique", dans la mesure où les donneurs ne sont pas choisis au hasard (au moins du point de vue des médecins). Enfin les campagnes de prévention des mariages entre hétérozygotes dans certaines communautés (maladie de Tay-Sachs chez les Juifs ashkénazes américains, anémie falciforme chez les Noirs américains, thalassémie à Chypre), ont aussi fait parler d'un "retour de l'eugénisme" (Duster, 1992).
Ces pratiques contemporaines ont presque toutes quelque chose en commun. Elles sont fondées sur le volontariat, et sont communément justifiées par le souci de prévenir une souffrance individuelle, plutôt que par l'avenir génétique de la race ou de l'espèce. [...]
Le "nouvel eugénisme" a donc un profil assez différent de l'eugénisme traditionnel. Celui-ci procédait de l'État, et de la conviction que la reproduction était une affaire trop importante pour être laissée aux seuls individus. Le nouvel eugénisme, souvent qualifié comme "eugénisme individuel", ou encore "eugénisme domestique" (home eugenics) procède d'une vision opposée de la reproduction. [...]
- 2020, 04 février : Au Sénat, la loi de "bioéthique" vient d’être adoptée à 153 voix pour, 143 contre.
Le sénateur LR Sébastien Meurant est revenu sur cette loi.
« Ceux qui ont voté ce texte sont les complices de ce trafic d'êtres humains »
Voyez 2020/02/04 et loi "bioéthique"
Voyez aussi Eugénisme le "grand reset" pour une suite


