Archaeopteryx lithographica
Archaeopteryx, "aile antique" – en français, archéoptéryx – est un genre fossile de dinosaures à plumes. Ces dinosaures aviens, d’une longueur d'environ 60 cm (taille d'un "corbeau") ont vécu à la fin du Jurassique, il y a 156 à 150 Ma dans un environnement alors insulaire, qui se situe dans l'actuelle Allemagne.
Sur cette vue d'artiste de 2012 est visible un plumage noir,
une nouveauté par rapport à des reconstitutions d'années précédentes.
Cf. [en] New evidence on the colour and nature of the isolated Archaeopteryx feather [archive]
Lorsque les paléontologues découvrent le fossile d’un animal disparu, comment reconstituer
ce à quoi il ressemblait de son vivant ? C’est le but du paléoart, qui demande à la fois
beaucoup de rigueur scientifique, ainsi qu’une certaine imagination...
Vu dans "Art paléo" de la page Gorgonopsiens
Je voue une réelle fascination pour cette créature des âges lointains. Je ne suis pas la seule...
De l’oiseau, il a les plumes, les clavicules fusionnées - l’os du bonheur des poulets du dimanche - ou le premier orteil du pied pointant vers l’arrière.
« Nous savons aujourd’hui que ce fossile vieux de 150 millions d’années est plus apparenté aux oiseaux qu’aux autres dinosaures. »
D'après France-culture [archive]
Le premier Archaeopteryx lithographica est découvert en 1861, en Bavière. Âgé d’environ 147 millions d’années, il se retrouve dans la collection d’un médecin local du nom de Karl Häberlein qui le vend au Natural History Museum de Londres, où il est toujours conservé. Ce "spécimen de Londres" est décrit en 1863 par Richard Owen (1804-1892), paléontologue britannique spécialiste en anatomie comparée, sous le nom d’Archaeopteryx ("aile antique") et mentionné par Charles Darwin à partir de la 4ème édition de son Origine des espèces (type. 10, pp 335-336) lequel déclare que l'espèce est une forme transitoire entre reptiles et oiseaux.
Voir Gorgonopsiens, les précurseurs des mammifères
Le "spécimen de Berlin" (HMN 1880) est découvert en 1876 ou 1877 sur le site de Blumenberg près de Eichstätt en Allemagne. Le musée d'histoire naturelle (Museum für Naturkunde) de Berlin en fait l'acquisition grâce à l'industriel allemand Werner von Siemens. Décrit en 1884 par le paléontologue et géologue prussien Wilhelm Dames (1843-1998) c'est le spécimen le plus complet. Il le classe dans une nouvelle espèce, Archaeopteryx siemensii.
Admirez les proportions des ailes et les empreintes des plumes – asymétriques, donc spécialisées pour le vol. Seule une douzaine de spécimens est connue au monde. Sa position dans la lignée des dinosaures aviens, ses liens de parenté avec les autres dinosaures et ses aptitudes au vol furent chaudement débattus par les scientifiques.
Caractérisé par une absence de bréchet (partie essentielle du sternum des oiseaux sans laquelle ils ne pourraient normalement pas voler), par une puissance musculaire moindre que les oiseaux actuels, ainsi que par trois doigts antérieurs griffus, une mandibule dentée et une longue queue osseuse, Archaeopteryx appartient à une branche de théropodes voisine des oiseaux modernes.
Voler ou ne pas voler, telle est la question
Ces interrogations font toujours débat.
Les paléontologues sont divisés sur la question de son envol : l'archéoptéryx était-il capable de s’envoler à partir du sol en courant ou devait-il au préalable grimper sur un arbre ? On pencherait actuellement plutôt vers la deuxième solution, car comme ses muscles thoraciques étaient insuffisamment développés (faute d'un bréchet développé) et qu'il lui manque une articulation spéciale dans les ailes qui aurait permis la rotation humérale nécessaire au mouvement ascendant, on sait qu'il ne pouvait pas décoller comme les oiseaux modernes, et ses griffes ressortant des ailes devaient l’aider à s’agripper lors de son escalade. De plus, les chercheurs ont remarqué l'absence de système d'emboîtement pour exécuter un battement d'ailes rapide durant l'atterrissage. La surface alaire est aussi controversée.
L'effet de sol
Certains scientifiques pensent que l'Archéoptéryx pouvait soutenir le vol battu, mais d'autres pensent qu'il ne pouvait que planer. Des découvertes récentes suggèrent par exemple que l'effet de sol n'est pas nécessairement exclu. S'il pouvait voler et qu'il était poïkilotherme (température corporelle qui varie avec celle du milieu) il devait être capable de voler vigoureusement, mais probablement sur une distance courte (on estime alors son rayon de vol à légèrement plus de 1 km*). S’il était homéotherme (le milieu interne conserve une température constante indépendamment du milieu extérieur) il devait manquer de puissance musculaire et avoir besoin de décoller depuis un promontoire, ce qui expliquerait l'usage des griffes aux membres antérieurs. Cependant, s'il ne pouvait pas mettre en œuvre l'effet de sol des oiseaux, cela n'implique pas nécessairement que l'Archéoptéryx ne pouvait pas décoller à la manière des albatros1.
1. Pour décoller, les albatros sont obligés de courir afin de permettre à suffisamment d'air de se déplacer sur leurs ailes et ainsi créer de la portance. L'aile des albatros comprend un tendon au niveau de l'épaule qui bloque l'aile pendant que l'oiseau plane, lui permettant de garder l'aile déployée à son maximum sans utiliser de muscles. Les albatros sont tellement bien adaptés aux voyages sur de longues distances qu'ils dépensent plus d'énergie au décollage et à l'atterrissage que durant le vol lui-même. Cependant, ils sont dépendants des vents et des vagues pour se déplacer, leurs longues ailes et leur faible musculature ne leur permettent pas de soutenir un vol battu pendant longtemps. Ainsi, par temps calme, sont-ils sont obligés de se poser sur l'eau et d'attendre que le vent se lève à nouveau. (Wikipédia)
On ne connaît pas bien le mode de vie de l'archéoptéryx. Des preuves paléogéographiques et paléoclimatiques (1985) indiquent qu'il vivait dans un environnement plat et relativement aride parsemé de lagunes saumâtres. L'eau douce aurait été une ressource limitée et inégalement répartie. Arbres et herbes étaient absents, la végétation limitée à des conifères de type "succulent" de moins de trois mètres de haut. Des plaines ouvertes ont probablement séparé les patchs de végétation (et les sources d'eau) : un vol haut et soutenu aurait été contre-productif dans un tel environnement, tandis qu'un vol stable et soutenu par l'effet de sol aurait constitué une méthode économique pour traverser des surfaces planes et dégagées. "... pour l'Archéoptéryx volant au ras du sol ou de l'eau, sa grande queue [aurait cette fonction] : si l'animal tanguait à l'avant, la dépression légère de la queue s'y opposait et vice versa. Une queue très grande, horizontale est ainsi efficace pour le maintien de l'altitude sous l'effet de sol." (voir Glossaire)
Ainsi cet environnement indique, la puissance musculaire de l'Archéoptéryx étant de surcroît nettement plus faible que celle des oiseaux actuels, qu'il se déplaçait probablement sur terre et de plante en plante, à la fois en battant des ailes et en planant. En 2004, on avait établi que son cerveau était plus volumineux que celui de la plupart des autres dinosaures, ce qui avait été considéré par de nombreux scientifiques comme nécessaire pour voler correctement, mais cette nécessité a donc été remise en question.
On suppose donc qu’il se nourrissait d’insectes, de carcasses de poissons ou de vers. Il devait être capable de saisir de plus grosses prises avec ses pattes. L'argument paléontologique (1985) a clairement montré la présence contemporaine de Ptérosaures, ces sauriens volants, des prédateurs habiles. La taille de l'Archéoptéryx (environ 60 cm) suggère qu'il aurait pu être la proie de ces prédateurs efficaces, selon certains auteurs, ce qui peut expliquer pourquoi il ne volait pas haut... car un Archéoptéryx volant haut dans le ciel aurait sûrement été une proie facile pour les Ptérosaures*. Voler au ras du sol aurait ainsi réduit la vulnérabilité de cet ancêtre des oiseaux...
* Cf. DOSSIER Futura-Sciences : L'Archéoptéryx et le vol – L'Archéoptéryx (David Bismuth 23/03/2003)
Sources
Le « bon article » de Wikipédia, à consulter pour approfondir le sujet
Muséum National d'Histoire Naturelle [archive]
Glossaire
Voir La polémoflore
Effet de sol. Phénomène aérodynamique, un effet "coussin d'air" : comme sur un matelas pneumatique, l'air comprimé exerce en retour une force capable de supporter l'appareil pourvu que la distance entre ce dernier et le sol soit suffisamment petite. (Futura-Sciences)
Lire le développement dans Wikipédia
Arguments en faveur de l'effet de sol
L'enseignement tiré de l'étude des avions à effet de sol, ou WIG (Wing In Ground effect) est instructif : un WIG sous l'influence de l'effet de sol tend à tanguer vers l'avant, et l'ajout d'un grand plan arrière résout ce problème.
"Nous croyons donc que pour l'Archéoptéryx volant au ras du sol ou de l'eau, sa grande queue avait une fonction analogue : si l'animal tanguait à l'avant, la dépression légère de la queue s'y opposait et vice versa. Une queue très grande, horizontale est ainsi efficace pour le maintien de l'altitude sous l'effet de sol."
van Opstal 2000 dans Futura-Planète
Éthologie. Science des comportements des espèces animales dans leur milieu naturel. (MNHN)
Patch. En écologie du paysage, désigne une unité spatiale distincte et délimitée au sein d'un paysage, utilisée pour étudier la distribution des espèces et la structure des écosystèmes.
Voir Dynamique des patch de Wikipédia
_______________
Page remaniée et complétée le 10 octobre 2025
Documentation
Ne pas confondre
Ne doit pas être confondu avec Archaeopteris, genre fossile de progymnospermes considéré par de nombreux scientifiques comme représentant les premiers arbres modernes et possède plus de caractéristiques communes avec les plantes à graines que toute autre plante fossile connue. Les analyses cladistiques récentes le placent en groupe-frère des plantes à graines.
Série "Oiseaux"
Les Oiseaux par monts et par vaux [archive]
'Oiseaux' préhistoriques (Mon PDF)
Série "Préhistoire" Faune "pionnière"
Gorgonopsiens, les précurseurs des mammifères.
Purgatorius, précurseur de l'ordre des Primates, contemporain du tyrannosaure.
