• 2018 Multiplication des lois

     

    Tocqueville :

    « Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes mains chaque individu, et l’avoir pétri à sa guise, le souverain étend ses bras sur la société tout entière ; il en couvre la surface d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule ; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige ; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse ; il ne détruit point, il empêche de naître ; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger. »

    Il y a en fait deux types d’esprits : les traditionnels (qui peuvent être « de gauche ») et les interventionnistes-modernistes (qui peuvent être « de droite »), et ceux qui créent lois, interventions, guerres. La Chine ancienne, redécouverte par l’admirable cinéma chinois, nous offre déjà un type de remarque tocquevillienne avec le génie rebelle et taoïste (il fuyait dans les bois, au pied des sources aujourd’hui recouvertes par les touristes)

    « Plus le roi multiplie les prohibitions et les défenses, plus le peuple s’appauvrit ;
    Plus le peuple a d’instruments de lucre, et plus le royaume se trouble ;
    Plus le peuple a d’adresse et d’habileté, et plus l’on voit fabriquer d’objets bizarres ;
    Plus les lois se manifestent, et plus les voleurs s’accroissent.
    C’est pourquoi le Saint dit : Je pratique le non-agir, et le peuple se convertit de lui-même.
    J’aime la quiétude, et le peuple se rectifie de lui-même.
    Je m’abstiens de toute occupation, et le peuple s’enrichit de lui-même.
    Je me dégage de tous désirs, et le peuple revient de lui-même à la simplicité. »

    Lao Tsé. Tao te King (§57)

     

    Lao Tsé, comme notre Tocqueville, montrait que l’on ne doit pas trop se manifester pour gouverner. Mais on ne veut même plus gouverner, on n’est plus assez respectable pour cela : on veut contrôler et on se sert de ces effarants outils de la révolution informatique qui auront servi une contrerévolution étatique : à l’heure où l’on évoque le libéralisme, on recouvre le monde de lois et de contrôles. On redécouvrira dans cet esprit le passionnant Du Pouvoir de Jouvenel, qui dénonçait courageusement et brillamment la montée irrésistible, dans cet Occident libéral et démocrate, du minotaure étatiste tentaculaire, belliqueux, autoproclamé indispensable.

     

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